La grotte qui brille en film

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Hassen a grandi au pied de Jbel Serj, dans la région Oueslatia, à 60 km de la ville de Kairouan. Ce mont est classé troisième sommet de la Dorsale tunisienne, après le point culminant de Tunisie, Jbel Chaâmbi, et le massif constitué des Jbels Bireno et Azered.  Caméraman assistant et pointeur dans plusieurs films tunisiens, El Amri retourne à sa région natale et à ses souvenirs d’adolescence pour oser les premiers pas dans la réalisation. Son documentaire Mina est une plongée dans l’intimité du Jbel Serj et, plus précisément, dans la grotte des mines, «mon ange gardien», comme il l’appelle. 

Un jour, en sortant du lycée, il a  vu des Européens, chargés de drôles de matériels. «J’avais 15 ans et je n’avais aucune idée de la spéléologie. Ce sont ces étrangers-là, passionnés du monde souterrain, qui m’ont fait découvrir le  mystère de la grotte». Leurs correspondances ont nourri sa curiosité.  Au fil des années, cette grotte n’avait plus de secrets pour lui. A l’époque déjà, membre du club photo au lycée, il s’y aventurait souvent, menu de  simples cordes et d’une lampe de poche, à l’affût d’images et de sensations fortes… Plus tard, il a fait de cette grotte un refuge. Il y passait  de longs moments de rêveries et de méditations…

L’envie de filmer les entrailles de cette montagne était devenue de plus en plus  pressante. Croyant dur comme fer au film de sa vie, il finit par trouver le soutien dont il avait besoin. Convaincue par le projet, Multimédia 2000 accepte de le produire, avec les clubs de spéléologie de Bizerte et de Zaghouan et l’Office national des mines, comme partenaires.  

Le rêve prend forme et le tournage a enfin lieu. «Il fallait d’abord escalader la montagne, descendre ensuite au cœur de ce monde fragile et sombre et s’installer dans le silence pour ne pas déranger les milliers de chauves-souris, accrochés au-dessus de nos têtes», raconte le réalisateur, amusé.

La grotte vue de près

L’équipe de tournage a vécu six jours dans un environnement hostile et  dans des conditions difficiles et compliquées. La caméra a tourné sans interruption suivant une expédition, menée par deux spéléologues et un géologue  tunisiens. La visite a commencé dans une grande salle (de 80 m de large sur 170 m de long pour un volume estimé à 600.000 m3), décorée de stalactites, de stalagmites, de colonnes et de draperies exceptionnelles.

Elle débouche sur une autre salle, plus petite, certes, mais aussi impressionnante que la première. Des formes se dessinent : un «sphinx», une «tête de maure», des «choux-fleurs»… Les spécialistes traversent également une énorme cavité, sans doute la plus connue en Afrique, baptisée la « Salle Habib-Bourguiba». L’abondance de concrétions s’explique par d’importantes arrivées d’eau au plafond… Le réalisateur, Hassen Amri, focalise sur cet élément naturel en particulier. Il joue avec les ombres sur les surfaces de l’eau, les ruissellements à travers les fissures dans les roches, les gouttes qui tombent gracieusement de la pointe des stalactites …

A part les données scientifiques, le réalisateur réussit à nous offrir un paysage d’une rare beauté. Il a su mettre en évidence une finesse esthétique particulière, composée par un jeu de lumière naturelle ou artificielle. Insatisfait comme le sont tous les artistes, Hassen avoue qu’il aurait aimé aller plus loin. «Il existe encore d’autres salles et d’autres galeries, des puits et des « cheminées » qui restent à explorer et à filmer» explique-t-il. Selon lui, la grotte qu’il aime n’a pas dévoilé tous ses secrets.

Ce film a été projeté en avant-première, lors de la première rencontre des films de la terre, qui vient d’avoir lieu, à la Cité des Sciences de Tunis. Une exposition documentaire sur Jbel Serj, organisée avec la participation de l’Office national des mines et les clubs spéléologiques de Bizerte et de Zaghouan, a accompagné la projection. L’objectif de l’évènement était de sensibiliser le public à la protection de l’environnement et d’un patrimoine unique.

Héla Hazgui
La presse

15/02/2012

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