Secteur énergétique en Tunisie : les coulisses d’un licenciement stratégique

Il est bien connu et même historiquement établi en Tunisie que la démission des responsables, notamment des ministres, ne suit publiquement aucune logique claire et est presque toujours forcée, parfois brutale et inattendue.

En Tunisie, de Bourguiba à Ben Ali et au-delà, les ministres ne démissionnent pas ; ils sont rejetés, généralement au moyen d’une brève déclaration, sans explication ni contexte.

L’un des exemples les plus médiatisés est celui de l’ancien ministre des Finances Sihem Nemsia, qui a réussi à mobiliser d’importantes ressources fiscales pour le budget de l’État.

Son limogeage faisait suite à un épisode mémorable de colère présidentielle montré dans une vidéo. Elle avait tenté de s’expliquer en regardant celui qui était alors chef du gouvernement, en attendant un signal ou un soutien.

Cela s’est produit le 5 février 2025. Kamel Madouri l’a rejoint le 21 mars 2025. L’actuel chef de l’État tunisien limoge les fonctionnaires sans hésiter.

L’énergie solaire au cœur du conflit

Le paysage énergétique tunisien est actuellement en pleine tourmente. Le départ forcé de la ministre de l’Energie Fatma Thabet Chiboub a créé un malaise important.

Selon les analyses de Jeune Afrique et EnergyNews, cette décision va au-delà d’un simple remaniement technique et reflète une crise de gouvernance plus profonde, notamment en matière de transition vers les énergies renouvelables.

Les deux sources convergent sur une question clé : la gestion des énergies propres. Jeune Afrique souligne des tensions majeures autour des procédures d’appel d’offres et de la mise en place de centrales solaires.

EnergyNews le confirme, citant de profonds désaccords sur l’attribution de plusieurs projets solaires à grande échelle. Cette polémique semble avoir déclenché le mécontentement au plus haut niveau de l’État.

Une stratégie nationale au point mort

Au-delà des projets individuels, le rythme plus large de la transition énergétique est critiqué :

  • Retards opérationnels : La mise en œuvre de la stratégie nationale de réduction de la dépendance aux hydrocarbures est jugée trop lente. Jeune Afrique évoque des retards dans l’exécution, tandis qu’EnergyNews met en avant les revers accumulés qui entravent directement les objectifs en matière d’énergies renouvelables.
  • Déficit commercial: Cette inertie pèse lourdement sur la balance commerciale du pays, le déficit énergétique restant un fardeau majeur pour l’économie nationale.

Crise de gouvernance et centralisation du contrôle

Le licenciement révèle également des faiblesses structurelles dans la coordination gouvernementale. Jeune Afrique pointe des difficultés de coopération entre le ministère et l’exécutif sur la politique minière et énergétique, ainsi qu’une volonté présidentielle de reprendre le contrôle de ministères jugés « au point mort ». EnergyNews élargit cette analyse, notant les problèmes de coordination avec les partenaires internationaux et un effort plus large pour revitaliser le secteur et débloquer les réformes.

De Neila Gonji à Fatma Chiboub

En fin de compte, cette décision présidentielle reflète une volonté claire de changement de direction. Pour la présidence, l’objectif est de donner un nouvel élan à un ministère jugé en stagnation et de redynamiser un secteur stratégique pour la souveraineté économique de la Tunisie.

Il convient de noter que la représentation gouvernementale des genres, qui a culminé à 40 % en 2021, s’est poursuivie par vagues inégales. Parmi plusieurs ministres de l’énergie ces dernières années, dont Fatma Thabet Chiboub et auparavant Neila Gonji, les limogeages ont été fréquents.

Neila Nouira Gonji a été démis de ses fonctions de ministre de l’Industrie, de l’Energie et des Mines par le président Kaïs Saïed le 4 mai 2023, quelques heures seulement après avoir assisté à l’inauguration de l’usine « Maraquart » à El Fejja, un projet industriel phare symbolisant la modernisation industrielle de la Tunisie. Elle avait personnellement inauguré ou supervisé au moins trois grands projets énergétiques.

Avant elle, Salwa Sghaier a été démise le 15 février 2021 de ses fonctions de ministre de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines du gouvernement Mechichi, malgré une implication limitée dans les projets d’énergies renouvelables.

Le secteur de l’énergie sous pression maximale

Le départ de Fatma Thabet Chiboub intervient dans un contexte de tensions politiques accrues sur le dossier énergétique. L’Assemblée des représentants du peuple est confrontée à une controverse pour n’avoir pas ratifié certains accords de concession, dont le cas Rhemoura, qui, selon des sources, a déjà coûté plus de 50 millions de dollars à l’État depuis janvier 2023.

Au moins quatre textes supplémentaires auraient été retirés avant le vote parlementaire pour éviter un rejet législatif.

Son successeur héritera d’un ministère soumis à la pression de trois directions : l’exécutif, le parlement et la communauté internationale.

Les investisseurs étrangers, déjà en retrait, suivront de près les premières décisions du nouveau ministre pour évaluer la manière dont la situation sera gérée.