L’éminente militante tunisienne des droits de l’homme Sihem Bensedrine a déclaré vendredi à l’AFP qu’elle avait été condamnée à 25 ans de prison pour notamment falsification d’une partie du rapport final d’une commission de justice transitionnelle.
La Tunisie est sortie des soulèvements du Printemps arabe de 2011 comme un phare d’espoir démocratique pour la région après des décennies d’autoritarisme, mais les groupes de défense des droits ont fait état d’un recul sous la présidence de Kais Saied. « Bien sûr, c’est une décision qui n’a rien à voir avec la justice.
Il s’agit d’un régime totalitaire qui veut effacer l’héritage de l’IVD », a déclaré Bensedrine, faisant référence à la Commission Vérité et Dignité dont elle était présidente. Bensedrine, 75 ans, a déclaré qu’elle ferait appel. Elle avait été placée en détention provisoire pendant plus de six mois après son arrestation en août 2024.
L’IVD, aujourd’hui disparue, créée après le renversement du dirigeant de longue date Zine El Abidine Ben Ali par la révolution de 2011, a entendu les témoignages de milliers de ses victimes et de celles de son prédécesseur Habib Bourguiba.
Les procureurs ont accusé Bensedrine d’avoir falsifié le rapport final de la commission, entre autres accusations. Bensedrine a déclaré avoir été prise pour cible par « des responsables qui tiennent l’Etat en otage » afin de « règler des comptes » et de « discréditer notre travail ».
Human Rights Watch a déclaré dans un communiqué que la condamnation de Bensedrine « reflète la cruauté du gouvernement du président Kais Saied, qui a cherché à étrangler les droits humains et la justice sociale en Tunisie ».
« Bensedrine a été harcelée, emprisonnée et poussée à l’exil pendant des décennies en raison de son travail en faveur des droits humains », a ajouté le groupe. « Sa peine la maintiendrait en prison jusqu’à l’âge de 100 ans. » La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), dont le siège est à Paris, a déclaré que les accusations portées contre Bensedrine étaient « sans fondement ».
« Le message envoyé par le régime de Kais Saied est clair : la recherche de la vérité est interdite, la dictature de Ben Ali est désormais intouchable », ont déclaré la FIDH et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dans un communiqué.
Le rapport final de la commission, publié en 2020, appelait au « démantèlement d’un système de corruption, de répression et de dictature » au sein des institutions de l’État.