L’ancien ministre de la Justice Noureddine Bhiri condamné à 20 ans de prison dans l’affaire des faux passeports tunisiens

Un tribunal tunisien a condamné Noureddine Bhiri, ancien ministre de la Justice et haut responsable du mouvement Ennahda, à 20 ans de prison. Le verdict, rendu le mercredi 6 mai 2026, marque le dernier développement dans une affaire très médiatisée impliquant des allégations de falsification de passeports et de documents de citoyenneté pour des ressortissants étrangers au cours de son mandat il y a plus de dix ans. La chambre pénale spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis a prononcé une peine de 20 ans de prison contre Bhiri et l’ancien responsable de la sécurité Fathi Al-Baladi dans ce qui est connu localement sous le nom d’affaire de faux passeports et de citoyenneté. L’essentiel de l’argument de l’accusation est que des documents ont été fabriqués pour des étrangers, y compris des individus soupçonnés d’être liés au terrorisme international, alors que Bhiri supervisait le ministère de la Justice en 2012.

Le tribunal a également prononcé des peines de 30 ans de prison par contumace contre plusieurs fugitifs, dont Moaz Kheriji, le fils du leader d’Ennahda, Rached Ghannouchi. Deux autres accusés anonymes ont été condamnés à 11 ans de prison. Alors que l’ancien Premier ministre Hamadi Jebali a été rayé de la liste des accusés, le tribunal a ordonné l’exécution immédiate des personnes reconnues coupables, ce qui signifie que les peines de prison commencent effectivement alors même que la défense se prépare à d’éventuels appels. Selon les médias d’État, l’acte d’accusation alléguait que Bhiri avait facilité l’octroi de l’identité tunisienne à un ressortissant syrien et à son épouse sur la base de dossiers fabriqués de toutes pièces. L’accusation a fait valoir que ces documents avaient été traités en 2012 alors qu’ils étaient basés sur des passeports initialement délivrés par l’ambassade de Tunisie à Vienne entre 1982 et 1984.

Bhiri et son équipe de défense ont catégoriquement nié toutes les accusations, affirmant que les documents en question dataient de plusieurs décennies avant son entrée en fonction. Ils ont qualifié cette procédure de tentative politiquement motivée visant à criminaliser la direction du parti Ennahda. Cette peine de 20 ans s’ajoute à une charge juridique faramineuse pour l’homme politique de 65 ans ; en avril 2025, Bhiri a été condamné à 43 ans de prison dans une affaire distincte impliquant des accusations de complot contre la sécurité de l’État. La condamnation intervient dans un contexte de pression judiciaire croissante sur l’opposition tunisienne. Depuis février 2023, le gouvernement du président Kais Saied a arrêté des dizaines de personnalités politiques, d’avocats et de militants pour des accusations allant fréquemment du blanchiment d’argent à l’incitation au complot contre la sécurité de l’État.

Alors que les autorités tunisiennes affirment que le système judiciaire fonctionne en toute indépendance et que tous les procès se déroulent conformément à la loi, les organisations internationales de défense des droits humains ont tiré la sonnette d’alarme. Amnesty International et Human Rights Watch ont décrit ces procédures comme une purge systématique des rivaux politiques. L’exécution immédiate de la peine de Bhiri témoigne de la détermination du gouvernement à poursuivre sa démarche corrective, terme utilisé par les partisans du président pour décrire la restructuration de l’État depuis la suspension du Parlement en 2021. Cependant, pour les familles des détenus et les restes de l’opposition politique, le verdict est considéré comme une nouvelle érosion des acquis démocratiques réalisés lors de la révolution de 2011.

Alors que la condamnation de Noureddine Bhiri s’ajoute aux décennies de prison auxquelles sont déjà confrontés les dirigeants d’Ennahda, quel impact pensez-vous que ces décisions judiciaires cumulées auront sur la possibilité d’une contestation unifiée de l’opposition lors des futures élections locales et législatives ?