L’éminent journaliste tunisien Boukrim condamné à quatre ans par contumace
Répression contre les journalistes et liberté d’expression en Tunisie
Contexte de l’affaire
9 juin (Reuters) – Un tribunal tunisien a condamné l’éminente journaliste Khaoula Boukrim à quatre ans de prison par contumace, a-t-elle déclaré mardi, dans un jugement qui, selon les critiques, met en évidence une répression croissante contre les voix critiques et la liberté d’expression sous le président Kais Saied.
Le jugement prononcé contre Boukrim est la dernière mesure prise contre les journalistes après l’emprisonnement, en début d’année, de plusieurs personnalités des médias, dont Zied Heni, Mourad Zghidi et Borhen Bsaies.
L’exil de Boukrim et les poursuites judiciaires
Boukrim, fondatrice du site d’information TUMEDIA qui s’est enfuie à Paris en décembre, a été informée que deux jugements distincts avaient été prononcés contre elle en vertu du décret-loi 54, une loi sur la cybercriminalité promulguée en 2022 qui prévoit des sanctions strictes pour les délits de publication en ligne.
Utilisation du décret-loi 54
Les groupes de défense des droits affirment que la loi est de plus en plus utilisée pour poursuivre les critiques du gouvernement et restreindre la liberté d’expression, tandis que les autorités affirment qu’elle est nécessaire pour lutter contre la désinformation et les abus en ligne.
Réponse de Boukrim et impact sur le journalisme
« J’ai été contraint de partir à Paris lorsque j’ai appris que des poursuites judiciaires étaient en préparation contre moi en raison de mes positions critiques à l’égard du président et de son entourage », a déclaré Boukrim à Reuters.
« Cette décision s’inscrit dans la continuité du ciblage du journalisme libre et des voix critiques », a-t-elle ajouté.
Les autorités n’étaient pas immédiatement disponibles pour commenter.
Contexte plus large de la suppression des médias
Les groupes de défense des droits mettent en garde contre les tentatives croissantes visant à étouffer les voix indépendantes restantes depuis que Saied a dissous le parlement élu en 2021 et a commencé à gouverner par décret.
La liberté d’expression a initialement prospéré après le soulèvement de 2011 qui a renversé l’autocrate Zine El Abidine Ben Ali et conduit au « Printemps arabe ».
Répression politique et réponse du gouvernement
Les critiques affirment que l’accumulation du pouvoir par Saied en 2021 et les décrets qu’il a publiés depuis ont démantelé les garanties démocratiques et permis aux autorités de poursuivre de nombreux journalistes.
Les dirigeants des principaux partis d’opposition tunisiens ont été emprisonnés au cours des trois dernières années, ainsi que des dizaines d’hommes politiques, de militants et d’hommes d’affaires, pour complot contre la sécurité de l’État, blanchiment d’argent et corruption.
Saied affirme qu’il ne sera pas un dictateur et que les libertés sont garanties en Tunisie.
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(Reportage de la rédaction de Tunis, édité par Bill Berkrot)