Il s’agit d’un seuil historique que la masse monétaire en Tunisie vient de franchir. Au 26 mai 2026, la valeur des billets et pièces en circulation (BCC) a atteint un niveau record de 29,7 milliards de dinars, selon les indicateurs monétaires et financiers publiés par la Banque centrale de Tunisie.
Cette envolée spectaculaire marque une hausse vertigineuse de 5,7 milliards de dinars par rapport à la même date en 2025, traduisant une injection massive de liquidités dans l’économie réelle au cours des douze derniers mois.
Si la hausse du volume des billets en circulation est une tendance forte observée ces dernières années, la proximité de la fête de l’Aïd al-Adha a fait office de puissant accélérateur ces dernières semaines.
Cette période de forte consommation entraîne traditionnellement une explosion des retraits massifs d’argent liquide. Entre l’achat de l’animal sacrificiel et les préparatifs festifs, les ménages tunisiens privilégient largement le cash.
Pour répondre à cette demande exceptionnelle, les banques et les distributeurs automatiques ont été fortement sollicités, drainant la liquidité bancaire au profit de la monnaie physique.
Dans les coulisses d’une économie avide de liquidités
Au-delà du facteur saisonnier de l’Aïd, ce record absolu remet sur le devant de la scène des défis structurels majeurs pour l’économie tunisienne. En effet, une part considérable de ces liquidités circule en dehors du système bancaire officiel, alimentant le secteur informel où les transactions se font exclusivement au corps à corps.
Malgré les efforts visant à numériser les paiements et à développer les services bancaires mobiles, la culture du cash reste profondément ancrée chez les consommateurs et les commerçants tunisiens. De plus, la hausse continue des prix à la consommation pousse naturellement les citoyens à retirer des sommes plus importantes pour effectuer les mêmes achats quotidiens.
Pression supplémentaire sur la BCT
Alors que le seuil symbolique des 30 milliards de dinars est désormais à portée de main, cette situation exerce une pression supplémentaire sur la Banque centrale de Tunisie (BCT).
La régulation de cette masse monétaire et la réintégration de ces flux dans le circuit formel resteront l’un des chantiers économiques prioritaires du pays.