La Commission des Finances et du Budget du Conseil National des Régions et Districts a tenu, jeudi 18 juin 2026, une audition présidée par le président de la commission Slim Salem. La réunion a été consacrée à l’examen de la situation du secteur des phosphates et des solutions proposées pour sa réforme.
La séance s’est déroulée en présence de responsables du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, de la Société des Phosphates de Gafsa (CPG) et du Groupe Chimique Tunisien (GCT).
Une séance consacrée à un secteur stratégique
Au début des travaux, il a été souligné que la réunion s’inscrit dans le cadre du suivi de la situation du secteur des phosphates et des orientations prévues pour son développement.
Le PDG de la Société des Phosphates de Gafsa et du Groupe Chimique Tunisien a indiqué que les principales difficultés auxquelles le secteur est confronté ont été passées en revue en vue d’élaborer une stratégie de réforme et de développement, en coordination avec la présidence du gouvernement et les différents acteurs concernés.
Il a également évoqué la situation financière difficile des deux institutions, qui a limité leur capacité à remplir leur rôle régional et local dans le cadre de leur responsabilité sociale. À cet égard, il a souligné la nécessité d’intensifier les efforts pour accroître la capacité de production et mieux utiliser le potentiel disponible dans les zones de production.
Production estimée à 4,5 millions de tonnes en 2026
Une présentation faite au cours de la séance a mis en lumière les composantes du secteur du phosphate et de ses dérivés, ainsi que les principales institutions qui y opèrent. Il a également souligné les importantes capacités de transformation disponibles dans le secteur, qui pourraient lui permettre de retrouver l’accès aux marchés étrangers et de générer d’importantes recettes en devises.
Selon les données présentées, la capacité de production est estimée à 4,5 millions de tonnes en 2026. Les principaux obstacles auxquels se heurte l’activité de CPG comprennent les difficultés de transport du phosphate, ainsi que la pénurie des ressources en eau destinées au lavage du phosphate.
Des difficultés financières et logistiques persistantes
La présentation a également détaillé les principales raisons du retard dans la mise en œuvre du programme de réforme. Il s’agit notamment des difficultés financières, de la faible performance du système de transport interne et ferroviaire, de l’approvisionnement instable en nitrate d’ammonium, du manque d’eau industrielle, du faible contrôle et de l’inadéquation entre une partie importante des ressources humaines et les besoins de l’entreprise.
Les intervenants ont également présenté des données sur les engagements financiers de l’entreprise exigibles d’ici fin décembre 2026. Selon la présentation, la détérioration de la situation financière de l’entreprise est principalement due au manque de ressources financières, à l’augmentation de l’endettement à court terme et à la prise en charge par l’entreprise d’une part importante des coûts de ses filiales.
Mesures exceptionnelles jugées nécessaires
Parmi les mesures urgentes proposées figurent l’octroi de lignes de financement CPG pour couvrir ses besoins de trésorerie, le renforcement de ses ressources financières en accélérant le rythme de ses exportations et le rééchelonnement de ses dettes.
Les mesures proposées comprennent également la sécurisation des itinéraires de transport du phosphate par camion, notamment le long de l’axe Redeyef-Gabès-Skhira, la lutte contre les raccordements illégaux aux canalisations industrielles de transport d’eau, l’accélération du transport ferroviaire et la continuité de l’approvisionnement en nitrate d’ammonium du Groupe chimique tunisien, tout en constituant un stock de réserve.
Un business plan jusqu’en 2035
La présentation a présenté les principales caractéristiques du plan d’affaires de CPG pour la période 2026-2035. L’objectif affiché est de porter la capacité de production à 9,4 millions de tonnes de phosphate commercial d’ici 2035.
Pour atteindre cet objectif, plusieurs projets sont prévus, pour un coût total estimé à 2,7 milliards de dinars.
Le rôle central du groupe chimique tunisien
Concernant le Groupe Chimique Tunisien, une présentation a été consacrée à sa structure et ses activités. Le GCT a été décrit comme un pilier clé du système tunisien des phosphates, ainsi que comme le principal client de la Société des Phosphates de Gafsa.
Le groupe joue également un rôle majeur dans le soutien au secteur agricole en approvisionnant le marché local en engrais à des prix préférentiels. C’est également l’une des principales sources de devises du pays.
Le GCT dispose de 7 usines produisant de l’acide phosphorique, du superphosphate triple, du superphosphate simple et du nitrate d’ammonium. La présentation a également rappelé les participations du groupe dans plusieurs entreprises, tout en soulignant les difficultés d’équilibre financier, dues principalement à la charge du paiement des salaires des salariés des entreprises de jardinage.
Une baisse du rythme de production du GCT
Les données présentées ont montré une baisse des capacités de production du Groupe chimique tunisien, avec une baisse des taux d’exploitation dans toutes ses unités.
Cette situation s’explique par la baisse des quantités de phosphate produites, liée à la baisse des capacités de production de CPG, ainsi que par une crise de liquidité affectant l’approvisionnement en matières premières, une réduction des investissements structurels, un vieillissement des équipements et une augmentation des pannes et des arrêts inopinés.
Un programme de restructuration basé sur plusieurs piliers
Le programme de restructuration présenté repose principalement sur le rééchelonnement des prêts bancaires, le règlement des dettes envers les fournisseurs publics, les travaux d’entretien, la sécurisation de l’approvisionnement en matières premières et l’amélioration de la préparation des unités de production.
Il prévoit également d’accélérer la mise en œuvre du projet Mdhilla 2. Cette approche devrait permettre de rétablir les équilibres financiers, d’accélérer le rythme de transformation du phosphate, d’améliorer la capacité de production, de renforcer la capacité de remboursement des dettes et de restaurer la confiance des banques.
Appels à une gouvernance plus forte
Au cours du débat, plusieurs intervenants ont affirmé que la restructuration de la CPG et du Groupe chimique tunisien nécessite des efforts considérables et une gouvernance plus forte, rappelant que le secteur des phosphates constitue un pilier fondamental de l’économie tunisienne.
Les intervenants ont demandé plus de détails sur la stratégie de l’entreprise pour développer sa capacité de production. Ils ont également pointé la faiblesse du dialogue social autour de ce secteur vital et souligné la nécessité d’une plus grande ouverture et d’une meilleure coordination entre les différents acteurs concernés.
Préoccupations environnementales à Gabès et Gafsa
La question environnementale dans le gouvernorat de Gabès a été évoquée au cours des discussions, plusieurs intervenants la qualifiant de problème profond nécessitant des solutions radicales.
Le débat a également porté sur l’utilisation des eaux industrielles pour le lavage des phosphates et son impact sur la nappe phréatique de la région de Gafsa. Les députés ont appelé à donner la priorité à l’eau potable, à soutenir les associations de l’eau et à s’orienter vers l’utilisation des eaux usées traitées pour le lavage des phosphates.
Le projet Sra Ouertane évoqué
Les discussions ont également porté sur la licence accordée à la Société des Phosphates de Gafsa pour exploiter le projet Sra Ouertane dans le gouvernorat du Kef, ainsi que sur le refus d’accorder une licence à une société chinoise pour exploiter ce même projet.
Les intervenants ont également évoqué la situation financière de l’entreprise, liée notamment à des ressources humaines gonflées et à la charge de payer les salaires des entreprises de jardinage, sans impact positif notable sur la capacité de production.
Reconquérir les marchés étrangers
Plusieurs intervenants ont demandé des éclaircissements supplémentaires sur le vieillissement des équipements dans les différentes unités de production et de transformation, ainsi que sur la capacité de l’entreprise à accroître la valeur ajoutée du secteur des phosphates afin de faire face à la concurrence sur les marchés mondiaux.
Les débats ont également porté sur les exonérations douanières accordées à CPG et leur impact sur la rentabilité de l’entreprise, ainsi que sur les produits fabriqués par le groupe chimique tunisien, sa capacité d’exportation et les moyens de reconquérir sa position sur les marchés étrangers.
Un objectif de 5 millions de tonnes en 2028
En réponse aux questions des députés, les représentants de la CPG et du GCT ont affirmé que le secteur des phosphates constitue un moteur de l’économie nationale. Ils ont souligné que toute stratégie doit être basée sur des chiffres précis et un calendrier de mise en œuvre clair.
Ils ont également indiqué que l’unification de la gouvernance des deux institutions représente une nouvelle vision visant à améliorer la rentabilité. Ils ont appelé au soutien de cette institution nationale de la part de toutes les parties prenantes, notamment du secteur bancaire, tout en mettant en garde contre plusieurs risques, dont l’accumulation des intérêts bancaires.
Les représentants des deux institutions ont affirmé que le traitement des nouveaux projets à Sra Ouertane, Sidi Bouzid et Tozeur repose avant tout sur un diagnostic précis et la rentabilité attendue.
Pour sa part, le PDG de CPG et GCT a déclaré que les exportations doivent reposer principalement sur la valeur ajoutée, compte tenu de leur impact important sur la rentabilité de l’entreprise.
Il a également expliqué que l’approche concernant les entreprises environnementales et de plantations sera basée sur la rationalisation de l’affectation de leurs employés, en coordination avec le tissu économique et industriel, compte tenu de l’ampleur des charges financières supportées par l’entreprise pour payer leurs salaires.
Les représentants de CPG ont également déclaré que la stratégie de l’entreprise fixe un objectif de production de 5 millions de tonnes en 2028.
Concernant le traitement du phosphogypse, ils ont indiqué qu’il était nécessaire de rechercher des sources de financement pour mettre en œuvre un projet de valorisation de ce matériau.
Recommandations pour sauver le secteur
A la fin de la séance, les membres de la Commission des Finances et du Budget ont recommandé la mise en œuvre de solutions exceptionnelles et urgentes pour sauver la Société des Phosphates de Gafsa et le Groupe Chimique Tunisien.
Ils ont également appelé les différentes parties concernées à contribuer à l’amélioration de la situation financière de l’entreprise, lui permettant d’honorer ses engagements urgents envers ses fournisseurs.
Les membres du comité ont enfin souligné l’importance d’adresser des messages de confiance aux partenaires de l’entreprise, notamment les banques et les fournisseurs, afin de l’aider à surmonter les difficultés auxquelles elle est confrontée. Ils ont également appelé à l’élaboration d’une stratégie réaliste et applicable pour sauver ce secteur vital.
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