tapis de tunisie

L’artisanat en général et le tapis en particulier renferment un fort potentiel économique qui réside dans la valorisation des ressources locales et régionales, la création d’emplois à coûts réduits et les possibilités d’exportation. Il a en plus une valeur symbolique car il constitue un support de l’identité nationale et locale tout en s’inscrivant dans la modernité.
Œuvrer pour un changement économique et culturel en vue de la formation de valeurs positives autour de l’artisanat, des femmes artisanes et de l’entrepreneuriat est un défi considérable. Petit tour des initiatives qui se démarquent. Par Amel DJAIT

Les tapis et Kairouan

Qui dit Kairouan, dit presque automatiquement tapis ! Et à Kairouan, la vente du tapis est une activité économique importante. Deux fois par semaine, les lundis et mercredis et de 12h à 13h, se tient un spectacle original et surprenant. Une vente à la criée pendant laquelle des dizaines de tapis sont vendus aux enchères.

Déjà et aux premiers siècles de l’Islam, l’Emirat Aghlabide de Kairouan (800 – 909 après J.C.), fournissait aux califes de Bagdad un tribut annuel de 120 tapis, qu’on a tout lieu de supposer fabriqués à Kairouan même. Enumérant ce que l’Ifriqiya exportait en Orient, le voyageur « Ibn Hawqal » mentionne «…du fer, du vif argent, des vêtements de drap de laine très fine, des tapis qui, étant donné les difficultés de transport, ne pouvaient être que des tapis de choix ». C’est dire ce que représente la filière pour la ville sainte et depuis longtemps ! Bien des siècles plus tard, le tapis continue de donner le tempo à la ville et à son marché.

Pendant plusieurs décennies, les kilims , les tapis, les couvertures, le hayek et les burnous étaient vendus quotidiennement à la criée dans le marché couvert de Kairouan. Ceci dit, la pratique qui existe dans de nombreux pays de méditerranée, disparaît peu à peu. Aujourd’hui, quelques marchés dans quelques villes marocaines pratiquent encore ce genre de ventes. En Tunisie, seul Kairouan maintient la tradition de vente de tapis à la criée. A Djerba, c’est le poisson qui continue à être vendu aux enchères.

Tapis – Un cérémonial bien huilé

Dès qu’ils quittent Dar Ettabaâ (institution où est appliqué le tampon officiel de certification), les tapis sont présentés et vendus dans le Souk Erbaâ, marché couvert, du centre ville de Kairouan. Bien organisé, un cérémonial précis et rigoureux y est appliqué. Celui-ci repose sur la confiance. Bâti sur le talent des artisanes et la connaissance de l’acheteur, capable, en un clin d’œil, de reconnaître la valeur de la pièce en vente, il est un surprenant ballet de savoir faire et d’échanges. Les artisanes viennent des villages aux alentours de Kairouan. Elles exposent leurs tapis, margoums ou zerbiyas et autres produits faits à la main avec fierté et courage.

Au cours des diverses ventes, elles profitent de l’expérience des commerçants et happent leurs conseils pour produire mieux afin de vendre plus. Elles prennent en considération les recommandations de couleurs qui sont à la mode, les dimensions, les graphismes….et sourient en pensant aux belles pièces à venir. De fait, le marché fait vivre plus de 150 femmes et leurs familles.

Une pièce maîtresse, le dellel

Dans ce ballet, le ”dellel” (à la fois crieur et relais) a un rôle très important dans la réussite et le maintien de cet équilibre. C’est lui qui fait les transactions, anime la vente, discute avec les artisanes à propos de la mise à prix des produits. C’est lui aussi qui organise le défilé. Eh oui ! La vente aux enchères des tapis à Kairouan n’est pas seulement une vente à la criée, c’est un vrai défilé de mode de tapis, et le “ dellel ”, y tient un rôle principal ; Il donne vie au spectacle. Il assure la pérennité du marché et des populations qui en vivent.

Pour faire ce métier, il faut avoir le sens du spectacle, une voix qui porte, un vocabulaire châtié pour gagner sa vie et multiplier les transactions, puisque pour chaque vente conclue, il encaisse 2% du prix.

La vente à la criée du tapis à Kairouan est une pratique très importante, grâce à laquelle beaucoup de femmes continuent à tisser. Seulement, aujourd’hui, on ne peut trouver que le margoum, le tapis traditionnel, le kairouanais, n’existe plus ! Dans un passé pas si lointain, les ventes aux enchères s’organisaient tous les jours de la semaine. Aujourd’hui, il se tient tous les lundis et mercredis pendant 1 heure, de 12h à 13h.

Crédit photos: Pierre Gassin