Les ponts d’Anissa Aida entre l’artisanat tunisien et le minimalisme japonais

En conversation avec Anissa Aida, SceneStyled explore ses influences, son parcours personnel et l’évolution de sa marque au cours des dix dernières années.

La marque d’Anissa Aida est née d’un instinct personnel qui a progressivement évolué vers un langage de conception plus mature et tourné vers le monde. Lorsqu’elle était enfant en Tunisie, elle « griffonnait toujours les gens qui portaient des robes et écrivait des détails à ce sujet », imaginant des tissus comme le « cuir » et la « laine » bien avant d’avoir le vocabulaire formel du design de mode. Après avoir déménagé à Paris à sept ans, la mode est devenue moins abstraite. Une visite à un défilé animé par Inès de la Fressange a aiguisé cette fascination en quelque chose de plus concret. En regardant les silhouettes et les histoires défiler sur le podium, elle a réalisé : « c’est quelque chose que je veux faire à l’avenir ».

Ce sens de la narration reste au cœur de la marque d’Anissa Aida, même s’il a évolué au-delà des aspirations personnelles pour devenir quelque chose de plus large et de plus géographiquement étendu. L’esthétique est façonnée à travers un dialogue entre la Tunisie, Paris, New York et le Japon. Pendant ses études à la Parsons School of Design de New York, elle a été exposée aux communautés créatives internationales et, grâce à ses camarades de classe et à ses stages, elle s’est de plus en plus intéressée à la philosophie du design japonais. Elle décrit l’esthétique japonaise comme « très avant-gardiste », notamment dans leur approche de la construction : des vêtements avec « moins de coutures », des coupes « plus géométriques » et des « formes plus cocooning ».La Tunisie donne à ce langage du design son fondement émotionnel et matériel. Son retour chez elle lui a permis de « se plonger dans la culture vestimentaire tunisienne » et d’étudier les vêtements traditionnels tels que le caftan et la jebba tunisienne. Il en ressort moins un contraste entre les influences qu’un lien structurel inattendu. Elle note que le modélisme nord-africain reflète souvent des aspects de la construction asiatique, avec des vêtements « sans coupe pour les emmanchures » et des silhouettes qui « ne sont pas ajustées au corps », mais plutôt « semblables à un cocon ». La marque ne se contente donc pas de superposer décorativement des références tunisiennes et japonaises ; il attire l’attention sur les similitudes sous-jacentes entre les deux traditions.

L’artisanat reste un autre élément déterminant du label. Dès sa première collection capsule, Aida a travaillé en étroite collaboration avec des artisans tunisiens spécialisés dans le tissage de la soie, le travail du cuir, le tissage du lin et du coton, la chapellerie et la broderie. Son atelier et son showroom en Tunisie reflètent ce modèle de production, fonctionnant comme un espace où les tissus, la confection de patrons, la broderie et les vêtements finis cohabitent plutôt que comme des étapes distinctes de production.Après dix ans, dit-elle, « je ne pense pas que l’esthétique ait autant changé ». Des pièces telles que la « combinaison Summer Day in Tunis » et la « chemise en soie mandarine » font partie du vocabulaire de la marque depuis ses débuts. Ce qui a changé, en revanche, c’est l’échelle et la précision : plus d’artisans, des techniques plus spécialisées et une articulation plus claire de l’identité de la marque. Elle est, dit-elle, « enracinée en Tunisie, mais avec une portée mondiale », avec des ambitions s’étendant à travers l’Europe, le Moyen-Orient, les États-Unis et l’Asie.

En fin de compte, la marque fonctionne comme une forme de traduction culturelle – équilibrant l’artisanat tunisien, la retenue japonaise et un rythme de production plus lent et plus flexible. Ce qui a commencé avec des croquis d’enfance a évolué vers un langage visuel plus large qui reste encore ancré en Tunisie.