Les ordres d’escalade menés par l’Arabie saoudite attisent la division au sein des forces yéménites

Des sources militaires yéménites ont indiqué qu’il y avait une forte division au sein des formations militaires fidèles à la coalition dirigée par le Royaume d’Arabie saoudite, après des désaccords sur les ordres d’escalade contre les forces affiliées au Conseil de transition du Sud déployées dans le gouvernorat de Hadramaout, dans un développement qui met en évidence les tensions croissantes au sein du camp anti-Houthi.

Selon les sources, le commandement militaire saoudien du port terrestre de Sharurah a placé les familles d’un certain nombre de chefs militaires faisant partie de la formation des « Forces du Bouclier de la patrie » sous ce qu’il a décrit comme une « assignation à résidence », dans le contexte du refus des commandants sur le terrain d’exécuter les ordres d’attaquer les positions des forces du Conseil de transition du Sud.
Un officier des Forces du Bouclier national a déclaré au site yéménite Al-Youm Al-Thame, demandant que son nom ne soit pas mentionné, qu’un officier saoudien de haut rang avait téléphoné au commandant des forces, le général de brigade Bashir Al-Mudharibi, pour lui demander de prendre d’assaut une base militaire où sont stationnées des forces affiliées au Conseil de transition du Sud dans l’Hadramaout. Il a ajouté qu’Al-Mudharibi avait refusé d’exécuter les ordres et avait demandé à l’officier saoudien de parler « dans un langage respectueux », avant de recevoir une menace explicite d’arrêter des membres de sa famille, selon la source.
Des sources militaires ont rapporté plus tard qu’Al-Mudharibi avait rencontré un certain nombre d’officiers appartenant aux Forces du Bouclier national, tous issus du mouvement salafiste, et les avait informés des menaces qui, selon lui, provenaient de la partie saoudienne. Selon les sources, il leur a donné le choix entre retourner à Aden ou rester au sein de la force dans ces circonstances, de sorte que tous les officiers ont décidé de retourner à Aden et de ne s’engager dans aucun affrontement interne.
Une source proche de la direction des Forces du Bouclier national a déclaré que ces développements coïncidaient avec les déclarations gouvernementales qui ont suscité une large controverse, faites par le vice-ministre yéménite des Affaires étrangères, Mustafa al-Numan, dans lequel il a évoqué l’existence de consultations au sein de la coalition concernant la possibilité d’une entente ou d’une coordination avec le groupe Houthi.

La source a ajouté que ces déclarations ont suscité une colère généralisée parmi les combattants, qui combattent les Houthis depuis plus de dix ans, pour des motifs religieux et sectaires, estimant que toute discussion sur une alliance ou une coordination avec le groupe représente « un coup d’État contre les justifications précédentes des combats », comme il l’a dit.
Al-Numan avait déclaré dans une interview télévisée accordée à une chaîne saoudienne qu’il existait un « réel désir » parmi les partis régionaux de construire une alliance avec les Houthis pour faire face à ce qu’il a décrit comme la « menace du sud », sous le slogan de défendre l’unité yéménite. Il s’agit de déclarations au sujet desquelles aucune clarification officielle ultérieure n’a été publiée par le gouvernement yéménite.
Les observateurs estiment que ces évolutions reflètent l’ampleur des divisions au sein des formations militaires fidèles à la coalition, à un moment où les divergences politiques et militaires s’accentuent sur l’avenir du sud et les arrangements d’après-guerre. Ils soulignent que le recours à des pressions sur les familles des commandants sur le terrain, si ces histoires sont vraies, pourrait conduire à davantage de divisions et à une perte de contrôle au sein de ces forces.
Il n’y a eu aucun commentaire immédiat de la part du ministère saoudien de la Défense ou des dirigeants de la coalition concernant ce que les sources militaires ont rapporté à propos des assignations à résidence ou des ordres sur le terrain, et il n’y a pas non plus eu de réponse de la part du gouvernement yéménite aux accusations liées aux tentatives de déclencher des combats internes dans l’Hadramaout.

D’un autre côté, les analystes estiment que le refus des commandants sur le terrain de s’engager dans une confrontation avec les forces du Sud reflète une crainte croissante de sombrer dans un nouveau conflit interne, susceptible d’approfondir les divisions et de saper tout effort visant à réduire l’escalade, dans un pays épuisé par la guerre qui dure depuis plus d’une décennie.
Ils préviennent que la pression régionale continue sur les dirigeants militaires locaux pourrait pousser davantage d’unités à se retirer ou à se repositionner, ouvrant ainsi la porte à des changements plus larges dans la carte du contrôle militaire dans le sud du Yémen.