L'Acropolium de Carthage

L’emplacement n’a guère été choisi au hasard. Le monument plutôt hirsute avec son balourd mélange de style byzantin mauresque se dresse au sommet de la colline de Byrsa.

L’édifice est si haut qu’il semble accroché à la voûte céleste. Ici, les arbres, les pierres, l’air sont discrètement diserts. Les environs bruissent en sourdine d’un murmure nostalgique. On croirait entendre le chuchotement suave qui ouvre Salammbô de Flaubert : “C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar”. A bien y regarder, il s’agit bien d’un haut lieu de la Carthage punique, là même où la légendaire Ellissa (Didon) a fondé Kart-Hadasht, Carthage, littéralement la ville nouvelle. C’est là aussi que se dressait le Capitole romain.

A l’époque de la fondation de la cathédrale, le christianisme conquérant en terre d’Islam ratissait large. Aujourd’hui encore, au-dessus des galeries de l’édifice, une inscription latine reproduit la bulle du pape Léon IX consacrant la primauté épiscopale de Carthage : “Il est hors de doute qu’après le pontife romain, le premier archevêque et le grand métropolitain de toute l’afrique est l’évêque de Carthage”. C’est une longue histoire. Une autre histoire. Il y a de tout. Tel le monument en onyx supportant le reliquaire de Louis IX, les autels dédiés à Saint-Augustin et à la Sainte Vierge, la mosaïque de Saint-Cyprien. La chapelle Saint-Louis se dresse au chevet de la cathédrale. On y trouve un étrange autel de marbre blanc sur fond bleu parsemé de fleurs de lys. C’est la réplique d’un temple de l’Inde musulmane. L’exotisme colonial de la fin du XIXe siècle se ressourçait loin.

En 1964, suite à un accord avec le Vatican, la cathédrale Saint-Louis fut désacralisée et cédée à l’Etat tunisien. Commença alors une autre histoire du monument. Avec ses silences, ses blancs et, au bout du compte, la régénération. La salvatrice régénération.

Sauvetage

Aujourd’hui, c’est l’Acropolium (implicitement s’entend au lieu-dit acropole de Byrsa). Le lieu a été longtemps laissé en instance, une autre manière de dire à l’abandon. On se souvient que la troupe du Nouveau Théâtre y a donné, en 1987, des représentations de sa pièce « Arab ». On en tira un film également tourné sur les lieux. Hormis cela, le néant ou presque

Et puis voilà, il y a toujours un bout de tunnel, une limite au désert. En 1992, c’est le début de la régénération. Une convention de concession est signée entre le ministère de la Culture et une entreprise privée de tourisme culturel. Depuis, l’Acropolium a fait son bonhomme de chemin. Ses activités culturelles sont multiples. Elles sont couronnées chaque année par l’Octobre musical de Carthage, un festival international de musique classique devenu incontournable. On y accourt de tous bords dans les vaporeuses et bien agréables nuits de l’intersaison automnale séparant l’hyper-dynamisme de l’été de la torpeur de l’hiver. L’Acropolium accueille également des concerts et des séminaires, en plus des expositions d’arts plastiques, des shows rooms et des activités événementielles et de l’exposition permanente.

Mustapha El Okbi est aux commandes de cet espace culturel unique en son genre. S’étendant sur 1800m2 l’Acropolium emploie en permanence une dizaine de personnes. Mustapha El Okbi préfère parler d’une “opération de sauvetage combinée à l’ambition de réaménager ce site à plus d’un titre fondateur de notre Tunisie. La cathédrale était vouée à disparaître du fait d’avoir été fermée pendant 40 ans. J’y venais au gré de mes promenades fréquentes dans ce lieu chargé d’histoire. Le monument, que je voyais en perdition, me semblait mériter d’être remis en valeur et restauré pour devenir un bien public où les gens puissent trouver un refuge culturel qui s’ajoute au musée et au site de Carthage “.

Ses démarches sont initiées au début des années 1980. C’est à partir de 1988 que les autorités compétentes ont commencé à avoir une oreille plus attentive à son projet : “En 1990, et sur initiative du Chef de l’Etat, a été créé le projet d’aménagement culturel et touristique de la région de Carthage et Sidi Bou Saïd. Ainsi a commencé ce projet culturel et artistique dans l’enceinte du monument historique le plus récent de l’histoire de notre pays” ajoute-t-il.On imagine l’ampleur des travaux de consolidation, de restauration et de mise en valeur du monument. Six institutions privées s’y sont mises sous la forme d’une société anonyme. L’espace a donc été réhabilité dans une nouvelle configuration appropriée aux activités culturelles et artistiques.

Décentrements

Le fleuron de ces activités demeure bien évidemment l’Octobre Musical. Un festival créé presque par hasard, à la faveur d’une heureuse contingence. Une fois la restauration du monument achevée, une artiste, pianiste originaire de Tunisie installée en Europe, a sollicité l’organisation d’un concert. Mustapha El Okby lui propose d’élargir l’initiative à une série de représentations. Ils convinrent d’organiser dans un premier temps cinq concerts en octobre 1994. La participation, la qualité des artistes et le public présent s’imposèrent d’emblée. Le label fit son irruption par la grande porte. C’est ainsi que commença l’Octobre musical.

Le public justement. Aux yeux de certains, il est par trop sélect, raffiné, bourgeois ou aristocrate. Beaucoup de gens en ont fait le reproche à Mustapha El Okbi en disant que l’Octobre musical est une manifestation élitiste et par trop banlieusarde. Dans un premier temps, il n’y voit guère d’inconvénients. Puis, petit à petit, le public s’est diversifié, s’est ouvert aux jeunes et aux étudiants de tous les instituts supérieurs en banlieue Nord moyennant des conventions particulières avec leurs établissements. Second reproche, l’Octobre Musical est littéralement confiné à la banlieue Nord. Il gagnerait à se décentrer. El Okbi s’en défend : “Nous avons tenté des opérations particulières et fait en sorte que les artistes qui se sont produits à l’Octobre musical aillent à Sousse, à Sfax ou ailleurs. Nous en avons réussi quelques-unes mais c’est toujours lié à des considérations d’espace notamment. Il faut que cela se poursuive à travers les supports appropriés”.

En tout état de cause, l’Octobre Musical a fini par créer des convivialités, des solidarités, une véritable chapelle de fans et d’inconditionnels supporters. Et ils ne sont pas que des banlieusards. Parce que l’art et la culture ne sont pas des instances façonnées sur des découpages administratifs ou territoriaux. Bref, l’écrin est à la mesure de la perle. A la limite du rêve aventureux et hypothétique au début, l’Acropolium a fini par s’ériger en place culturelle solide. Et c’est tant mieux.

Soufiane Ben Farhat/ La presse/ 4/02/2010 – Photos et © Ambre Courbot-Ludwiczak

Détails:

L’Acropolium de Carthage

Adresse: Colline de Byrsa,  BP 33, 2016 Carthage, Tunisie
Direction: Mustapha EL OKBY

Contact:

Tel: (++ 216) 71 733 866

Site web: http://www.acropoliumcarthage.com

Plan de situation:

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