La Tunisie suspend les groupes de défense des droits qui ont façonné sa démocratie

Les autorités tunisiennes ont suspendu le 24 avril les opérations de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, un refuge de longue date pour les défenseurs des droits de l’homme.

Les suspensions sont une mesure drastique qui ne doit être prise qu’en dernier recours et clairement justifiée.

Fondée en 1976 sous un régime à parti unique, la ligue a été prise pour cible à plusieurs reprises depuis sa création. Beaucoup de ses dirigeants ont été arbitrairement arrêtés sous les gouvernements de Habib Bourguiba et de Zine el-Abidine Ben Ali. Pourtant, l’organisation a résisté aux attaques, survivant finalement aux deux dictatures. Au lendemain de la révolution de 2011, elle a joué un rôle crucial dans la transition démocratique en Tunisie au sein du Quatuor de la société civile, lauréat du prix Nobel de la paix en 2015.

En septembre 2025, le gouvernement a notifié à la ligue des irrégularités présumées liées à sa déclaration de financement étranger, à la tenue des registres et à l’assemblée générale. L’organisation a déclaré avoir remédié aux problèmes dans les délais prescrits et n’avoir reçu aucune autre demande à ce sujet. À la demande du gouvernement, un tribunal de Tunis a ordonné le 24 avril à la ligue de cesser toutes ses activités pendant un mois pour violation présumée du décret-loi 88 de 2011 sur les associations.

Les autorités avaient auparavant restreint arbitrairement les activités de la ligue dans les prisons. Le ministère de la Justice a cessé d’honorer le protocole d’accord qui régissait ses visites de surveillance dans les prisons et les centres de détention, interdisant de facto à la seule organisation non gouvernementale (ONG) indépendante du pays un tel accès.

La Ligue tunisienne des droits de l’homme rejoint une longue liste d’au moins 20 société civile organisations que les autorités ont arbitrairement suspendues depuis juillet 2025, dans le cadre d’une répression sans précédent et d’une nette militarisation des processus administratifs et juridiques du pays parallèlement à des arrestations et des poursuites abusives.

Le 5 mai, Avocats Sans Frontières, une ONG de premier plan basée à Tunis, a reçu un avis de suspension similaire ordonné par le tribunal. Les conséquences sont particulièrement dévastatrices pour les centaines de personnes qui dépendent de ses services d’aide juridique, unique en son genre dans le pays.

Ces récentes suspensions semblent s’inscrire dans le cadre de la campagne des autorités tunisiennes pour démanteler société civile une ordonnance de suspension à la fois, immobilisant les organisations qui défendent depuis des décennies les droits humains et l’accès à la justice, garantissant que lorsque les droits humains sont menacés, la société civile n’est pas là pour réagir.