Les autorités tunisiennes ont annoncé la suspension pour un mois de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, l’une des plus anciennes organisations de défense des droits de l’homme en Afrique et dans le monde arabe. Cette organisation est également membre du Quatuor du dialogue national, lauréat du prix Nobel de la paix en 2015. Cette suspension suscite de vives inquiétudes quant à la répression en cours contre la société civile dans le pays.
Dans un communiqué publié vendredi soir, la ligue a confirmé la suspension, qualifiant la décision de « violation grave et arbitraire de la liberté d’association » et d’« attaque directe » contre l’un des acquis démocratiques importants de la Tunisie.
Président Kaïs Saïed a fréquemment cité le financement étranger, sur lequel comptent de nombreuses organisations de défense des droits, comme une menace potentielle pour la Tunisie. Il a utilisé cette perspective pour accuser les opposants politiques et les militants pour la justice sociale d’être des agents étrangers incitant aux troubles.
La ligue a souligné que cette mesure ne doit pas être considérée isolément mais plutôt dans le cadre d’un contexte plus large caractérisé par une pression systématique sur la société civile et les voix indépendantes au sein du pays. L’organisation a indiqué son intention de contester devant les tribunaux ce qu’elle considère comme une décision injuste tout en continuant à défendre les droits des victimes de violations sans discrimination.
Cette action fait suite à une série de mesures similaires visant les organisations de défense des droits en Tunisie, où les tribunaux ont mandaté plusieurs ONG de premier plan de suspendre leurs activités pendant un mois l’année dernière, y compris celles axées sur les droits des migrants et des femmes.
Le moment choisi pour cette suspension est remarquable, comme le dit le journaliste Zied El-Héni a récemment été placé en détention pendant 48 heures en raison d’une publication sur Facebook, ce qui reflète un schéma plus large d’arrestations et de pressions juridiques dirigées contre les critiques du gouvernement. Mohamed Yassine Jlassiancien président du syndicat tunisien des journalistes (SNJT), a déclaré à l’Associated Press lors d’une manifestation à Tunis que de nombreuses personnes sont actuellement détenues pour des accusations liées à la liberté d’expression, notamment pour leurs publications sur les réseaux sociaux.
« La répression affecte un large spectre de la société. Le journalisme est devenu criminalisé, l’engagement de la société civile est de plus en plus surveillé et l’opposition politique est confrontée à des défis considérables », a-t-il déclaré. « Les individus se retrouvent souvent dans des situations de poursuites arbitraires sans les garanties essentielles d’un procès équitable. »
Par ailleurs, le média d’investigation Inkyfada sera jugé le 11 mai prochain, alors que les autorités cherchent à dissoudre Al Khatt, l’association qui le publie. L’organisation a affirmé son désaccord avec le fondement juridique de cette affaire, affirmant que les allégations du gouvernement n’ont pas été évaluées par les tribunaux tunisiens depuis 2024.
Ces évolutions contribuent aux inquiétudes croissantes des défenseurs des droits concernant les restrictions imposées aux médias indépendants, à la société civile et aux voix dissidentes sous le président Saied, qui a consolidé son pouvoir depuis 2021 et cible de plus en plus les organisations qui, selon lui, reçoivent des financements étrangers pour provoquer des troubles et porter atteinte aux intérêts nationaux de la Tunisie.
Cet article utilise des informations de l’Associated Press.