La BAD et la Tunisie tracent une nouvelle voie face à la sécheresse

Le Banque africaine de développement (BAD) et le Gouvernement tunisien ont publié un rapport appelant à un changement fondamental dans la manière dont le pays aborde la sécheresse: non pas comme une urgence récurrente à gérer, mais comme une caractéristique structurelle d’un climat changeant qui exige une réponse institutionnelle permanente.

Titré Stratégies de planification, de préparation et de résilience en cas de sécheresse : le cas de la Tunisiel’étude a été préparée par le Bureau de coordination des États en transition de la BAD dans le cadre d’un processus de consultation nationale impliquant 22 institutions du gouvernement, des organismes régionaux, des opérateurs et de la société civile. Il complète la Stratégie Nationale de l’Eau de la Tunisie à l’horizon 2050 et s’appuie sur une analyse approfondie du paysage climatique, institutionnel, juridique et financier du pays.

Le diagnostic donne à réfléchir. Environ 59 % des années entre 1950 et 2018 ont été classées comme sèches. Les projections climatiques indiquent une baisse potentielle des précipitations pouvant atteindre 25 % dans les régions du centre et du sud d’ici 2100, tandis que les températures moyennes pourraient augmenter entre 2,5°C et 5°C selon la trajectoire des émissions.

Yero Baldeh, directeur du Bureau de coordination des États en transition de la BAD, a été sans équivoque sur ce que cela signifie. « La Tunisie n’est pas confrontée à une crise temporaire de l’eau ; elle est confrontée à une transformation structurelle de son régime climatique. Ce rapport ne propose pas de mesures d’urgence ; il propose une architecture pour la résilience. La Banque africaine de développement est prête à soutenir davantage le pays dans la mise en œuvre de ses programmes et à approfondir son partenariat pour promouvoir la sécurité de l’eau, conformément aux orientations de la Stratégie nationale de l’eau de la Tunisie à l’horizon 2050″, a-t-il déclaré.

Des pressions de toutes parts

Le stress climatique est aggravé par la demande humaine et la fragmentation institutionnelle. L’agriculture représente environ 80 % de la consommation totale d’eau de la Tunisie, tandis que les prélèvements d’eau potable sont passés de 296,2 millions de m³ en 2002 à 447,2 millions de m³ en 2018. Les réserves des barrages sont tombées à seulement 31 % et 37 % de leur capacité en 2023 et 2024 respectivement – un indicateur frappant de l’étendue du système.

Du côté de la gouvernance, le tableau est tout aussi préoccupant. Un plan national de lutte contre la sécheresse a été adopté en 2020 mais n’a jamais été opérationnaliséentravé par le manque de mécanismes de mise en œuvre, de financement dédié et de contrôle interinstitutionnel. Les responsabilités restent fragmentées entre plusieurs ministères, directions générales et agences, avec des mandats qui se chevauchent et aucune autorité unique de coordination pour la réponse à la sécheresse.

Malinne Blomberg, directrice générale adjointe pour l’Afrique du Nord et responsable pays de la BAD pour la Tunisie, a souligné l’intention pratique du rapport. « La Tunisie dispose d’une réelle expertise technique, d’un cadre stratégique ambitieux et d’une volonté politique confirmée par cet atelier. L’enjeu est désormais de renforcer la coordination entre ces ressources. Ce rapport identifie précisément les points de rupture et propose des solutions adaptées aux réalités institutionnelles du pays. Ce n’est pas un document comme les autres, c’est un outil de travail », a-t-elle déclaré.

Six leviers de résilience

Le rapport structure sa réponse autour de six actions prioritaires :

  • Établir un autorité nationale de coordination pour la gestion de l’eau et de la sécheresserelevant de la Présidence du Gouvernement
  • Construire une nation système d’alerte précoce basé sur des modèles de projection climatique et des réseaux de données hydrométéorologiques
  • Moderniser le cadre juridique et réglementairenotamment l’accélération de la mise à jour du Code de l’eau et la mise en œuvre du Plan national de lutte contre la sécheresse au niveau régional
  • Mobiliser financement innovant grâce à des obligations vertes, à la micro-assurance climatique et à des partenariats public-privé soigneusement structurés
  • Construire capacité technique et institutionnelle aux niveaux national, régional et local, avec des unités dédiées et une formation continue des gestionnaires publics
  • Promouvoir un culture d’une utilisation responsable de l’eau par le biais de campagnes de sensibilisation et d’intégration dans les programmes éducatifs

Financer la transformation

L’ampleur des investissements requis est considérable. Les documents de planification nationale estiment le financement nécessaire à l’adaptation climatique entre 19,4 milliards de dollars d’ici 2030 et 22,7 milliards de dollars d’ici 2050. Le rapport appelle à l’eau doit être traitée comme une priorité d’investissement stratégique dans le cadre du prochain plan quinquennal de développement 2026-2030, au même titre que l’énergie et les infrastructures de baseet pour le développement d’instruments de financement dédiés, notamment des obligations climatiques et des systèmes de micro-assurance agricole liés à des seuils climatiques prédéfinis.