Dans une déclaration à Tunisie Numérique, vendredi 5 juin 2026, l’expert en développement et ressources en eau Houcine Rhili a prévenu que la Tunisie pourrait faire face à un été difficile en termes d’approvisionnement en eau potable, notamment pendant la période de pointe de consommation.
Rhili a souligné que, comme chaque année, l’accès à l’eau potable n’est pas directement lié uniquement aux précipitations ou à l’amélioration des taux de remplissage des barrages, qui atteignent actuellement environ 60%, un niveau significatif par rapport aux années précédentes.
Il a noté que plusieurs régions continuent de souffrir de coupures d’eau potable même en hiver. Cela montre, selon lui, que la question n’est pas uniquement liée à la disponibilité des ressources en eau, mais aussi à la logistique, aux investissements dans les réseaux de distribution d’eau potable, aux stations de pompage, à l’entretien des puits et au niveau des investissements de l’État et de la Société Nationale de Distribution d’Eau (SONEDE).
Un été particulièrement chaud attendu
Houcine Rhili a souligné que la Tunisie n’est pas encore entrée dans la période de pointe de consommation, alors que l’été en cours s’annonce particulièrement chaud. Il a rappelé que les centres de recherche sur le climat ont alerté sur l’impact significatif du phénomène El Niño sur la région méditerranéenne.
Fin mai et début juin, les températures semblaient déjà inhabituellement élevées par rapport aux moyennes saisonnières. La même situation a touché plusieurs pays européens, où des décès liés à la chaleur extrême ont été signalés.
Selon Rhili, la principale question aujourd’hui concerne le niveau de préparation des institutions étatiques compétentes pour garantir l’approvisionnement en eau potable pendant la saison estivale.
Baisse des investissements dans les infrastructures hydrauliques
L’expert a indiqué que la Tunisie connaît une baisse des investissements dans le secteur de l’eau, notamment dans les infrastructures hydrauliques et le renouvellement des canalisations de distribution d’eau. Ces réseaux, pour la plupart très anciens, affectent directement à la fois la qualité de l’eau et la continuité de l’approvisionnement.
Il a averti que la soi-disant « carte de la soif » de la Tunisie est en train de s’élargir, sur la base des rapports mensuels et des statistiques publiées par l’Observatoire tunisien de l’eau. Selon Rhili, presque aucun gouvernorat n’est désormais complètement en dehors de cette carte.
Les régions traditionnellement touchées telles que Sfax, Gafsa, Kasserine, Sidi Bouzid et Kairouan sont désormais rejointes par d’autres zones, notamment le Grand Tunis, Nabeul, Zaghouan, Sousse, Monastir, Gabès et Médenine.
Un problème de préparation, pas seulement de ressources
Rhili a souligné que le principal défi ne se limite pas à la disponibilité des ressources en eau, mais concerne également la préparation préalable aux périodes de forte demande.
Il a souligné l’insuffisance des investissements publics et les retards dans la mise en œuvre des projets, même lorsque les budgets sont alloués. La bureaucratie, la longueur des procédures et les difficultés dans la réalisation des projets publics ont, a-t-il déclaré, contribué à une situation qui ne devrait pas s’améliorer de manière significative à court terme.
Coupures d’eau quotidiennes et réseaux fragiles
Le spécialiste des ressources en eau a souligné que les coupures d’eau sont enregistrées quotidiennement, ainsi que les interventions de réparation visant à remédier aux pannes du réseau. Cette situation pourrait devenir encore plus difficile à mesure que les températures augmentent et que la demande en eau potable augmente.
Il a exprimé l’espoir que la SONEDE ait préparé un plan proactif pour faire face à la saison estivale, tout en appelant à un projet sérieux pour renouveler le plus grand nombre possible de canalisations d’eau potable. Un tel programme, a-t-il déclaré, améliorerait la qualité de l’eau, réduirait les pannes et assurerait une plus grande continuité d’approvisionnement.
Rhili a également souligné que les préparatifs pour l’été ne peuvent pas commencer en mai ou juin, mais doivent commencer dès décembre, janvier et février.
Environ 20 % des conduites d’eau ont plus de 40 à 50 ans
Selon Houcine Rhili, les déclarations officielles indiquent que près de 20% des canalisations de distribution d’eau en Tunisie ont plus de 40 à 50 ans, alors que la durée de vie moyenne de ces réseaux ne devrait pas dépasser 20 ans.
Il a averti que tout retard dans le renouvellement de ces réseaux augmente la longueur des canalisations à remplacer et augmente les coûts du projet, à un moment où le service public est confronté à des difficultés financières et où les finances publiques restent sous pression.
Pour Rhili, ce renouveau aurait dû être lancé il y a 15 ou 20 ans. Si cela avait été fait, a-t-il soutenu, la Tunisie aurait pu renouveler près de 50 à 60 % de ses réseaux d’eau, améliorer la qualité de près de la moitié de son eau potable, réduire la pression financière et limiter la dépendance de la population à l’eau en bouteille.
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