Destination Dahar: Des talents et des passions

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Dahar

Fédération Tourisme Authentique: Destination Dahar

Émanation des prestataires touristiques de la région du Djebel Dahar proposant un tourisme « authentique » et alternatif au tourisme de masse, la Fédération regroupe 33 prestataires aux côtés de l’Office National du Tourisme Tunisien.  Sa mission est de développer et de promouvoir une destination touristique régionale : la Destination Dahar
1er organisme en Tunisie de type « DMO », elle bénéficie de l’appui technique de la Fondation Swisscontact et du soutien du Secrétariat d’Etat suisse à l’Economie (SECO) et du Ministère du Tourisme. Par Amel DJAIT

Destination Dahar l’appli!

L’application « Destination Guide » vous aide à préparer vos itinéraires et à vous accompagner au fur et à mesure des découvertes que vous ferez une fois sur place. L’application vous permet de vous géolocaliser, de trouver les  adresses d’hébergements, restaurants, randonnées, boutiques, musées, kssars, villages, …Elle fournit toute l’information utile en temps réel concernant la météo, la monnaie, les horaires d’ouverture des sites, les opérateurs locaux, et vous informe des événements culturels locaux. L’application vous permet de construire votre propre itinéraire et bien entendu de partager vos souvenirs les plus intenses sur les réseaux sociaux.

Des talents et des passions

Selma, des mathématiques à guide nature

Selma est guide touristique local et sa passion s’articule autour de l’échange et du partage de la culture de sa région. Licenciée en mathématiques, elle a troqué sa carrière d’enseignante pour une activité qu’elle estime plus utile pour la communauté et pour les visiteurs de plus en plus nombreux à s’intéresser à la région du Dahar. Témoignage.

« Mon objectif est de partager notre mode de vie, de raconter nos traditions et de partager notre culture avec les visiteurs. Vous savez, pour connaitre vraiment une région, rien ne vaut le contact direct avec les populations. Je suis née à Tataouine et suis moitié amazighe et moitié arabe. J’ai fait des études en mathématiques et me suis réorientée vers le tourisme car j’aime la communication, les rencontres avec les gens et j’ai envie de partager quelques secrets de notre art de vivre. Grâce à diverses formations, je me suis spécialisée dans le tourisme alternatif, reconvertie en tant que guide et pense désormais que le développement de notre région passe surtout par le tourisme. Je pense qu’à Tataouine tout est spécial. Nos paysages sont uniques autant que chacun d’entre nous. Aujourd’hui, je propose et guide des randonnées à pied ou à vélo, emmène les visiteurs chez l’habitant pour la dégustation de produits de terroir et les invite à participer à un atelier de tissage ou de fabrication de pain traditionnel. » AD

Mongi Bouras ou la passion amazighe

Mongi Bouras est né à Tunis, il y’ a quelques 50 ans. Tamezret, que ses parents venaient de quitter pour Tunis à la poursuite du pain quotidien, était encore une localité habitée dont la population, à l’instar de tous ceux du Plateau des Matmatas, se consacrait à l’agriculture, celle de l’olivier, du grenadier ou du figuier qu’on plantait dans des bouts de terrain à peine plus grands qu’un mouchoir de poche, distants les uns des autres de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines de mètres et au pied desquels on trouvait le moyen de semer et de récolter de l’orge. Les femmes, elles, s’adonnaient à l’artisanat du tissage et produisaient de somptueux châles en laine, appelés bakhnougs, brodés de motifs et de scènes qui racontent des épopées passées.

Bien sûr, on y parlait amazigh, la langue des ancêtres berbères qui ont préféré se retirer dans ce milieu si inhospitalier pour sauvegarder leur identité, leurs coutumes et leur genre de vie plutôt que de se fondre dans la masse des Arabes et des Berbères arabisés des plaines de la Jeffara et de l’Arad. Bien sûr aussi que les temps ont changé. La scolarisation est venue et, avec elle, l’arabisation et l’ambition des études secondaires « en ville »… Mais, en dépit de l’éloignement, ils maintinrent des liens invisibles avec leur Tamezret natal, les transmettant à leur progéniture à travers l’usage de la langue ancestrale.

Au terme de ses études primaires, Mongi Bouras s’est orienté vers la filière technique. Il opte pour le génie civil, se spécialise dans le marketing en matériel informatique et finit par rouler sa bosse entre Tunis et l’Allemagne. De retour à Tunis, il n’oublie pas son Tamezret originel qu’il avait connu à l’occasion des événements familiaux, et la nostalgie était en lui plus forte que toutes les séductions de la modernité. C’est la raison pour laquelle, en 1999, il décide de plier bagages pour revenir s’installer dans le berceau de ses origines et de se consacrer totalement à la sauvegarde de tout ce qui peut l’être de son patrimoine matériel et immatériel.

Mongi Bouras acquiert une maison délabrée tout en haut de la calotte qui coiffe le piton du village. Il la restaure, l’agrandit de ses mains et y installe une exposition d’objets qui racontent la vie traditionnelle du village. Les revenus des visites sont réinvestis dans le projet. Parallèlement, il s’emploie à restaurer la mémoire collective en recueillant auprès des anciens leurs souvenirs et tout ce qu’ils charrient avec eux d’événements et de signifiants.

Et c’est ainsi qu’un village d’un demi-millier d’âmes se retrouve doté d’un musée dont il est le concepteur, le conservateur et le guide Quand Mongi vous prend, pour ainsi dire, par la main et vous introduit dans son monde, c’en est fait de vous ! Vous êtes sous l’envoûtement. Le voyage dans Tamezret, commence par le passé consigné dans les signes et les symboles, et dans les méandres d’une âme torturée qui a inscrit dans la topographie des lieux et dans l’organisation de son espace une épopée à nulle autre pareille.

Tamezret, en langue amazigh, veut dire qui se voit de loin. Mais ce qui se voit n’est peut-être pas si évident. La récompense de Mongi Bouras ne se trouve pas dans les pièces que laissent les visiteurs au terme de leur périple mais dans la lueur qui brille au fond de leurs yeux quand il les raccompagne vers la sortie. Sa jouissance est cette flamme qu’il a en lui même et que son besoin de partager et protéger sa culture alimente. Au terme d’une rencontre, une vraie, avec Mongi Bouras, on voit non pas les choses autrement mais justement. Lorsque sur la terrasse du café qui, tout en haut du village, surplombe une placette, la vue se pose sur un paysage lunaire et que l’on découvre Taoujout ou Zraoua Ancienne, on se sent à son tour gagné par la grâce mystique.

Tahar Ayachi & Amel Djait

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