Le président de l’Association tunisienne des parents et des élèves, Ridha Zahrouni, a déclaré, jeudi 14 mai 2026, que les cours particuliers et les cours de révision sont devenus l’une des injustices les plus graves qui frappent le système éducatif tunisien, notamment pour les élèves du baccalauréat.
S’adressant à Tunisie Numérique, Zahrouni a qualifié le phénomène à la fois d’« injustice majeure » et de « mal nécessaire » dans les circonstances actuelles, compte tenu des carences du système scolaire tunisien.
Un système poussant les étudiants vers les cours particuliers
Selon Zahrouni, la structure actuelle, les horaires, les programmes et les performances globales du système éducatif tunisien ne permettent plus aux étudiants d’acquérir le niveau de connaissances requis de manière confortable et équilibrée.
De ce fait, de nombreux étudiants, notamment ceux qui préparent le baccalauréat, se sentent obligés de se tourner vers des cours particuliers afin d’améliorer leurs chances de réussite ou d’atteindre l’excellence académique.
Il a souligné que le problème n’est pas simplement l’existence des cours particuliers, mais aussi les inégalités qu’ils créent. Les étudiants issus de familles aisées peuvent se permettre des cours particuliers continus, tandis que ceux issus de ménages à faible revenu ou modestes sont souvent laissés pour compte.
La réussite au baccalauréat de plus en plus liée aux revenus familiaux
Ridha Zahrouni a souligné qu’on ne peut pas reprocher aux parents d’essayer de donner à leurs enfants toutes les chances de réussite. Il a toutefois prévenu que le véritable problème réside dans le lien croissant entre la réussite scolaire et la capacité financière des familles.
Pour les candidats au baccalauréat, cette situation a fait des cours particuliers presque une condition préalable à la réussite, suscitant de sérieuses inquiétudes quant à l’équité et à l’égalité des chances dans l’enseignement public.
« L’école tunisienne n’est plus un ascenseur social »
Zahrouni a vivement critiqué l’état actuel de l’école tunisienne, estimant qu’elle n’est plus véritablement gratuite, publique et capable d’assurer l’égalité des chances. Il a également prévenu qu’il avait perdu son rôle d’ascenseur social.
Il a ajouté que le problème touche également les enseignants. Certains éducateurs ont plus de possibilités de proposer des cours particuliers car ils travaillent dans des zones où les familles ont un plus fort pouvoir d’achat, tandis que d’autres ne bénéficient pas des mêmes chances, notamment ceux qui enseignent des matières dites secondaires ou travaillent dans des régions moins favorisées.
Un marché valant des milliards de dinars
Zahrouni a révélé que le chiffre d’affaires lié aux cours particuliers est estimé entre 1,5 et 3 milliards de dinars. Selon lui, ces sommes circulent sans contrôle ni taxation, transformant le phénomène en une réalité grave et risquée.
Il a rappelé que plusieurs ministres de l’Éducation ont abordé la question dans le passé, mais qu’aucune solution efficace n’a été trouvée. Selon lui, la contradiction réside dans le fait que les autorités reconnaissent implicitement la nécessité des cours particuliers tout en annonçant publiquement des efforts pour les combattre.
Réformer l’école publique comme seule véritable solution
Quant aux solutions possibles, Zahrouni a appelé à lutter contre les pratiques contraires à l’éthique, l’évasion fiscale et les cours particuliers non réglementés à domicile. Cependant, il a insisté sur la nécessité de s’attaquer au problème central : pourquoi les étudiants sont obligés de suivre des cours particuliers en premier lieu.
Il a souligné la nécessité d’une réforme véritable et globale du système éducatif tunisien, dès les premières étapes de la scolarité, afin que tous les élèves puissent avoir les mêmes chances de réussite.
Zahrouni a conclu que les cours particuliers devraient devenir un choix et non une nécessité. Aujourd’hui, prévient-il, c’est devenu quasiment une des conditions de réussite au baccalauréat.
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