Baraa : « Le luxe, c’est la réinterprétation moderne des traditions »

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Baraa

Le marché du luxe se fraye, petit à petit, un chemin en Tunisie grâce à des marques “made in Tunisia ” qui ne cessent de se multiplier, de la joaillerie à la haute couture. Et si en Tunisie, plus qu’ailleurs, la qualité exceptionnelle et l’émotion, beaucoup d’émotion, étaient la recette éprouvée d’un monde de luxe que l’on retrouve? Certes, la notion de rareté a plusieurs dimensions, et se traduit le plus souvent par des produits chers composés de matières premières précieuses ou peu accessibles… Mais récemment, la notion de rareté est devenue plus virtuelle, reposant sur des pratiques telles que les séries limitées, la distribution sélective ou encore les relations publiques, l’événementiel…Tout un univers dans lequel le luxe tunisien prend, ou reprend, ses marques.

Baraa : « Le luxe, c’est la réinterprétation moderne des traditions »

Petite, Baraa Ben Boubaker Gouillou rêvait de valoriser le savoir-faire tunisien pour offrir une ligne intemporelle et contemporaine. En 2010, elle est la première lauréate tunisienne du concours de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode à Marseille. Cette distinction lui ouvre bien des portes de grandes maisons de couture parisiennes, et Hermès fait appel à ses produits qui se retrouvent en vitrine du très célèbre  « 24 Faubourg Saint Honoré ».
Aujourd’hui Baraa exporte aux quatre coins du monde. Elle brode, tisse, peint, mélange et exprime son talent sur le haïk. Un tissage si tunisien ! Elle renforce aussi sa collection croisière et crée une ligne urbaine. La reine du « haïk » et designer réfléchit sur l’existence d’un luxe made in Tunisia. Entretien par Amel DJAIT

Y’ a t il un luxe Tunisien?

Baraa : C’est une question à double facette. Il existe du luxe fait par des créateurs tunisiens qui brillent à l’étranger notamment Ezzeddine Alaïa dans le monde de la mode ou encore Donia Allègue ou Shourouk, pour les accessoires et bien d’autres. Leurs produits ne sont pas “forcément” tunisiens. Par contre, ce sont des tunisiens qui ont réussi dans le monde du luxe. La deuxième interrogation par rapport à la question est de savoir si le luxe « made in Tunisia », fait par des tunisiens ou pas, peut être 100% tunisien. Ce qui compte pour moi, c’est la réinterprétation de multiples facettes de la vie de tous les jours, de manière sobre, en mettant en valeur le chic tunisien. Ce luxe, c’est surfer entre les couleurs chaudes tunisiennes et les lignes droites contemporaines.

Le luxe existe-t il dans tous les domaines ?

Je n’en suis pas très sûre. Je pense que dans l’hôtellerie, c’est « La BADIRA » www.labadira.com à Hammamet qui serait l’image du luxe tunisien parce que dans l’établissement, une réinterprétation de l’identité tunisienne, de manière très contemporaine et très luxueuse, est réussie.

Ceci dit, il existe un certains « chic tunisien » qui est très répandu, notamment dans plusieurs maisons d’hôtes et chez plusieurs créateurs, que ce soit dans le monde de l’objet ou du vêtement.

Quelle est la sélection de marques tunisiennes préférées de Baraa dans l’artisanat, le design et la mode ?

« El Hanout » est la pionnière dans le domaine de l’artisanat. Elle a su réinterpréter notamment la fouta, en y intégrant les couleurs et en la relançant. Pour le Design, je citerais l’architecte Mémia Taktak. J’aime beaucoup ce qu’elle fait et apprécie sa manière de jouer avec l’espace. Dans la mode, il y’a Ahmed Talfit. J’aime comment il sculpte les corps des femmes. C’est celui qui se rapproche le plus de l’esprit ALAÏA à mon sens.

Depuis l’exposition de Marseille, un grand chemin est parcouru. Où en est la marque?

La marque a beaucoup mûri. Elle voyage entre l’orient et l’occident, entre
Monaco et les USA. BARAA est dans l’échange et le partage. Il y’a eu plusieurs collaborations très riches en émotions et en dimension humaine avec des brodeurs et brodeuses, des créateurs et des artistes comme l’artiste peintre Raouf Gara qui a sublimé par sa touche, le temps d’une collection, les robes BARAA.

Le haïk est toujours ce tissage magique que vous sublimez. Continuez vous à le dompter et teindre, couper et broder ?

Le « haïk « est une matière en laine tissée dans le but d’être portée comme « lahfa » pour les femmes à Kairouan. Le « haïk » de lin est relativement nouveau. Le chemin entre le fil et le vêtement n’a pas été simple. Il fallait surpasser plusieurs contraintes notamment la fragilité de la matière, dont j’ai fait une force, la transparence dont je me suis inspirée pour créer des vêtements qui mettent en valeur la silhouette de la femme et sa féminité.

J’ai beaucoup joué avec cette matière et beaucoup discuté en réfléchissant à quoi faire quand une robe rétrécissait ou qu’une couture se déchirait parce qu’on n’avait pas consolidé les coutures. J’ai une pensée émue pour mon amie et couturière Amel. Elle a toujours été là pour moi et m’a toujours soutenue et accompagné dans mes doutes et succès.

Le « haïk » est une matière que j’affectionne particulièrement et suis particulièrement fière de l’avoir porté jusqu’au vêtement de ville, en créant la « Urban Collection » qui accompagnera la femme même dans les lieux publics et les grandes villes.

Le haik by Baraa est flanqué aujourd’hui de cuir, d’écussons, de fils de soie…et même de peinture… La robe by Baraa est elle en train de devenir toile? Certains modèles sont des pièces uniques numérotées. Expliquez nous…

La robe BARAA est une robe qui se veut intemporelle et appréciée dans le temps. Elle devient comme une toile qui prend de la valeur avec le temps. Je vous laisse imaginer ce qu’elle devient quand elle est sublimée par une peinture de l’artiste de Kélibia Raouf GARA. Les robes By Baraa sont alors des pièces uniques qui ne se ressemblent pas. Il y’en aura 3 dans le monde et seront numérotées ! C’est bien plus que le comble du luxe ! C’est ca la créativité!

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