SEM Mohamed Ali Nafti
L’auteur est le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens de l’étranger de la République tunisienne.
La distance géographique qui sépare la Tunisie de la Corée pourrait suggérer un fossé infranchissable. Pourtant, un examen plus approfondi révèle un profond alignement de nos valeurs fondamentales, de nos trajectoires historiques et de notre caractère national. Alors que la Corée a acquis une notoriété mondiale en projetant son énergie vers la mer, l’identité de la Tunisie est également ancrée dans sa force côtière et son héritage maritime.

Le ministre des Affaires étrangères Cho Hyun prononce le discours d’ouverture de la réunion des ministres des Affaires étrangères Corée-Afrique 2026 à l’hôtel Lotte dans le district de Jung, au centre de Séoul, le 1er juin. La réunion marque la première réunion autonome des ministres des Affaires étrangères organisée par le gouvernement coréen avec des invitations adressées aux 54 pays africains et à quatre organisations régionales. Les participants devraient discuter des mesures pratiques visant à approfondir la coopération Corée-Afrique et à coordonner les réponses aux défis mondiaux, notamment les perturbations de la chaîne d’approvisionnement. (ACTUALITÉ1)
Ce lien culturel profond est incarné de manière unique par nos icônes historiques : tout comme l’amiral Yi Sun-sin est la fierté ultime des mers coréennes, Hannibal représente l’esprit éternel et résilient de la côte tunisienne. En outre, les deux pays, dépourvus de vastes ressources naturelles, ont pris la décision cruciale, au moment de l’indépendance, d’investir massivement dans le capital humain. Cette conviction commune a jeté les bases d’une compréhension mutuelle et d’un objectif commun, qui ont joué un rôle déterminant dans la construction d’un partenariat mature et tourné vers l’avenir.
La Corée a redéfini sa croissance nationale à travers sa stratégie de « développement comprimé », passant d’un État agricole pauvre et déchiré par la guerre à une puissance culturelle à haut revenu et à la pointe de la technologie en quelques décennies seulement.
Inspirée par ce modèle, la Tunisie se lance désormais dans une stratégie ambitieuse et trace une nouvelle voie audacieuse vers des industries à forte intensité de connaissances et à haute valeur ajoutée. Nous construisons des écosystèmes dynamiques conçus pour favoriser les startups et diriger les investissements directs étrangers vers des secteurs à valeur ajoutée. Nos succès dans le secteur des composants automobiles et de l’industrie aérospatiale auprès de leaders mondiaux comme Airbus Atlantic et Safran témoignent de notre capacité à gérer des processus industriels complexes et de pointe.
Pour maintenir cette dynamique industrielle, la Tunisie s’efforce de cultiver des compétences avancées et de produire des ingénieurs et des chercheurs de premier ordre. La collaboration universitaire reste donc au cœur de notre vision bilatérale. Nous sommes fiers de réfléchir à nos partenariats et programmes d’échange avec l’Institut supérieur coréen des sciences et technologies (KAIST) et d’autres universités de premier plan. De telles initiatives responsabilisent des groupes exceptionnels d’anciens élèves tunisiens et d’esprits brillants. Alors que nous accélérons nos ambitions technologiques, nous sommes profondément déterminés à revigorer et à élargir ce pont académique vital pour équiper la prochaine génération d’innovateurs.
Dans cette transition vers les chaînes de valeur mondiales, la Corée constitue à la fois une source d’inspiration et un partenaire idéal. Notre collaboration a évolué au-delà de l’aide publique au développement traditionnelle pour s’étendre au domaine de la technologie à haut contenu, produisant des résultats visibles et transformateurs. La transformation numérique de la Tunisie a été profondément enrichie par ce partenariat.
Nous sommes très fiers de nos réalisations communes : Tuneps, un système d’approvisionnement électronique en ligne inspiré du système coréen Koneps ; le système d’information foncière, un pilier essentiel de notre infrastructure nationale ; et la plateforme E-People, un outil de transformation qui redéfinit la manière dont le gouvernement tunisien écoute et sert ses citoyens.
Notre partenariat avec Busan Technopark a pris son envol, littéralement, grâce à notre projet Agritech Drone. En intégrant des drones alimentés par l’IA dans notre secteur agricole, nous sommes passés d’une simple modernisation à une gestion hautement intelligente des ressources.
De plus, notre partenariat technologique repousse les frontières des soins de santé avancés, avec l’introduction de solutions coréennes de chirurgie robotique visant à élever les opérations cliniques. Ces applications sophistiquées démontrent comment la Tunisie constitue une vitrine vivante et une fenêtre opérationnelle pour la technologie coréenne dans toute l’Afrique.
Sur le plan industriel, le succès de Yura Corporation, qui exploite cinq usines florissantes de fabrication de câbles et de faisceaux à travers la Tunisie, sert de modèle d’inspiration pour d’autres investisseurs corporatifs coréens à la recherche d’un point d’ancrage manufacturier sûr et hautement performant.
Alors que la Corée élargit son engagement stratégique avec l’Afrique à la suite du sommet Corée-Afrique de 2024 et que la réunion de suivi des ministres des Affaires étrangères vient de se terminer lundi, la Tunisie est prête à agir en tant que partenaire constructif et fiable.
L’initiative audacieuse de la Corée visant à établir un paradigme transformateur de partenariat avec le continent africain constitue une étape majeure. La Tunisie soutient et adhère pleinement à cette démarche visionnaire, reconnaissant son engagement sincère en faveur de la coprospérité plutôt que d’une relation traditionnelle donateur-bénéficiaire. Nous considérons l’accent mis par la Corée sur la transformation structurelle, le renforcement des capacités et le transfert de technologie comme le catalyseur exact nécessaire pour accélérer l’intégration de l’Afrique dans les chaînes d’approvisionnement mondiales à haute valeur.
En retour, l’Afrique offre à la Corée bien plus qu’une simple nouvelle frontière ; il constitue un ancrage stratégique vital. Abritant une classe moyenne en plein essor et une population de jeunes férus de technologie, le continent représente une vaste base de consommateurs pour l’innovation numérique et la fabrication de pointe coréennes. En outre, dans une époque caractérisée par la volatilité géopolitique, la militarisation du commerce et les technologies de rupture, l’Afrique offre à la Corée un moyen crucial de diversifier ses chaînes d’approvisionnement. En fin de compte, l’Afrique se présente comme un partenaire dynamique et fiable au sein du Sud mondial en pleine ascension, prête à co-écrire un nouveau récit de résilience et de réussite mondiale.