Le militant écologiste Abdelmadjid Dabbar a révélé lundi que des flamants roses ont niché pour la première fois au lac Ichkeul, qualifiant le phénomène d’évolution écologique importante liée à des changements majeurs dans l’équilibre naturel du lac.
S’adressant à Tunisie Numérique, Dabbar a rappelé qu’Ichkeul était autrefois connue sous le nom de « Garaa », car ses eaux étaient historiquement douces, contrairement aux lagons côtiers généralement caractérisés par une eau de mer salée.
Des apports d’eau douce à l’augmentation de la salinité
Dabbar a expliqué que le lac Ichkeul recevait l’eau de six oueds, dont Oued Joumine, Oued El Maleh et Oued Sejnane. Cependant, ces débits d’eau ont été de plus en plus redirigés vers des barrages, entraînant une baisse des niveaux d’eau douce du lac.
Ainsi, l’eau de mer entre désormais par le lac de Bizerte, passe par le canal de l’Oued Tinja et atteint le lac Ichkeul. Durant l’été, l’évaporation laisse derrière elle de grandes quantités de dépôts de sel, augmentant progressivement la salinité du lac au fil des années.
Un habitat désormais adapté aux flamants roses
Selon Dabbar, les flamants roses ne nichent généralement pas le long des bords de mer ordinaires, mais plutôt dans les lacs et les zones humides où les niveaux de salinité sont plus élevés que ceux de l’eau de mer.
Il a noté qu’en 2002, la salinité du lac Ichkeul était de 54 grammes par litre, alors que celle de la mer Méditerranée se situe généralement entre 28 et 32 grammes par litre. Aujourd’hui, il estime que la salinité du lac dépasse les 60 grammes par litre.
Cet environnement très salin a créé des conditions favorables à la présence de micro-organismes de couleur orange, qui font partie de l’alimentation des flamants roses et contribuent à leur couleur rose caractéristique.
Un signe positif aux implications inquiétantes
Si la nidification des flamants roses est un événement remarquable, Dabbar a averti qu’elle reflète également un déséquilibre écologique plus profond. Il a souligné que le lac Ichkeul attirait autrefois entre 220 000 et 240 000 oiseaux migrateurs pendant la saison hivernale.
Aujourd’hui, a-t-il déclaré, le nombre d’oiseaux visitant le lac a fortement diminué, se situant seulement entre 4 000 et 7 000 oiseaux.
Forte augmentation du nombre de flamants roses
Dabbar a ajouté qu’en 2022, entre 400 et 500 flamants roses ont été enregistrés au lac Ichkeul. En 2024, leur nombre était passé entre 800 et 1 000.
Actuellement, le nombre aurait atteint environ 6 000 flamants roses, et des nids sont désormais observés dans le lac. Selon le militant écologiste, les oiseaux nés dans le lac Ichkeul migrent chaque année vers la France avant de revenir en Tunisie durant l’hiver pour nicher.
Un indicateur écologique qui nécessite une surveillance étroite
La première nidification de flamants roses au lac Ichkeul est donc à la fois un événement naturel exceptionnel et un signal d’alarme. Il met en évidence la capacité de certaines espèces à s’adapter aux conditions changeantes, tout en révélant également l’impact profond des changements hydrologiques sur les fragiles écosystèmes des zones humides de Tunisie.
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