La Tunisie confirme la peine prononcée contre des journalistes emprisonnés

Une cour d’appel tunisienne a confirmé mardi les peines de trois ans et demi de prison prononcées contre deux éminents journalistes emprisonnés pour des délits financiers présumés, selon leur avocat.

Les journalistes Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies ont été condamnés en janvier pour blanchiment d’argent et évasion fiscale, accusations qu’ils ont niées.

« Nous sommes très déçus par ce verdict », a déclaré à l’AFP l’avocat de la défense, Sami Ben Ghazi.

Depuis que le président Kais Saied a pris le pouvoir en 2021, les groupes de défense des droits ont dénoncé une régression des libertés en Tunisie. Des dizaines de critiques de Saied sont actuellement derrière les barreaux.

L’affaire contre Zeghidi et Bsaies a été condamnée par l’organisation de défense des droits des médias Reporters sans frontières (RSF) comme étant du « harcèlement judiciaire ».

RSF a déclaré avant l’audience de mardi que les accusations portées contre eux manquaient de preuves.

Ben Ghazi a fait valoir devant le tribunal que les procureurs avaient simplement présumé que ses clients étaient « riches et possédaient des biens » qu’ils cachaient, les accusant à tort de blanchiment d’argent après avoir jugé leurs impôts trop faibles.

« Mais malheureusement, nous devons parler de leur manque de ressources pour pouvoir les défendre », a ajouté l’avocat de la défense.

Le juge a interrogé Zeghidi sur son entreprise, les paiements reçus pour ses apparitions à la télévision et à la radio, ainsi que les virements bancaires reçus en Tunisie et depuis l’étranger, a rapporté un journaliste de l’AFP.

Bsaies a été interrogé sur son départ de son emploi d’enseignant et sur la manière dont sa femme avait financé le lancement d’une école privée.

« Après 23 mois d’enquête, aucune preuve sérieuse n’a été établie : aucune transaction suspecte, aucun avoir caché, aucune preuve crédible », a déclaré Oussama Bouagila, directeur régional de RSF, dans un communiqué.

« Ce harcèlement judiciaire ne doit pas occulter l’essentiel : c’est leur travail journalistique qui se cache derrière ces poursuites. »

Dans une autre affaire, un autre journaliste éminent, Zied el-Heni, a été condamné la semaine dernière à un an de prison pour « offenser autrui » après avoir critiqué les poursuites engagées contre Zeghidi et Bsaies.