Trump menace l’Europe de nouveaux tarifs douaniers : la Tunisie pourrait-elle être indirectement affectée ?

Le président américain Donald Trump a intensifié jeudi la pression sur l’Union européenne, donnant à Bruxelles jusqu’au 4 juillet pour mettre pleinement en œuvre l’accord commercial conclu avec Washington. Dans le cas contraire, les droits de douane américains pourraient être portés à des niveaux nettement plus élevés.

Dans un article publié sur sa plateforme Truth Social, Trump a déclaré qu’il avait eu un « excellent appel » avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Il a indiqué avoir accordé à Bruxelles un délai supplémentaire jusqu’au 4 juillet, date du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, avant d’augmenter « immédiatement » les tarifs douaniers si l’Europe ne respecte pas ses engagements.

Le président américain a accusé l’Union européenne de ne pas mettre pleinement en œuvre ce qu’il a qualifié d’« accord commercial historique » conclu à Turnberry, en Écosse. Selon lui, Bruxelles s’était engagée à réduire à zéro les droits de douane sur certains produits américains.

Du côté européen, la Commission affirme être dans la phase finale de mise en œuvre de ses engagements, tout en soulignant que Washington doit également aligner certaines de ses propres mesures sur les plafonds négociés. Cette réponse reflète le cœur du différend : chaque partie accuse l’autre de ne pas avoir pleinement appliqué l’accord.

Un accord déjà fragile

Cette nouvelle menace survient alors que l’accord commercial entre Washington et Bruxelles traverse une phase sensible. Le Parlement européen a approuvé le texte en mars dernier après plusieurs amendements, mais il doit encore être négocié et approuvé par les États membres avant de pouvoir être pleinement mis en œuvre.

Aux termes de l’accord, l’Union européenne devait supprimer les droits de douane sur les produits industriels américains, tandis que les produits européens exportés vers les États-Unis resteraient soumis à un plafond tarifaire de 15 %.

Bruxelles estime toutefois que Washington n’a pas respecté certains éléments du compromis, notamment après que les États-Unis ont étendu, en août dernier, leurs droits de douane supplémentaires de 50 % sur l’acier et l’aluminium européens à des centaines de nouveaux produits.

Le regain de tension a poussé plusieurs capitales européennes à réévaluer le calendrier de la ratification définitive de l’accord. Certains États membres souhaitent toutefois poursuivre le processus afin de préserver la crédibilité commerciale de l’Union européenne et d’éviter une nouvelle guerre tarifaire avec Washington.

Les discussions européennes se concentrent particulièrement sur deux mécanismes sensibles. La première permettrait à l’Union européenne de réduire les droits de douane sur les exportations américaines seulement après que Washington aura effectivement appliqué le plafond de 15 %. La seconde permettrait de mettre fin à l’accord si Donald Trump impose de nouveaux tarifs douaniers avant le 31 mars 2028, sans nécessiter un nouveau vote européen.

L’Allemagne en première ligne

L’Allemagne est le pays européen le plus exposé à une nouvelle augmentation des tarifs douaniers américains.

Vendredi dernier, Donald Trump avait déjà menacé de porter à 25 % les droits de douane sur les voitures et camions européens, contre 15 % actuellement. Une telle mesure affecterait directement l’industrie automobile allemande, notamment des groupes comme Volkswagen, à un moment où l’économie allemande souffre déjà d’un ralentissement prolongé.

L’institut économique allemand Ifo a averti qu’une escalade commerciale pourrait plonger le pays dans la récession cette année, compte tenu de l’importance du secteur automobile pour son économie.

Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a déclaré que l’Europe ne voulait pas d’escalade et cherchait une voie commune avec les États-Unis. La France a cependant adopté un ton plus ferme. Le ministre français du Commerce, Nicolas Forissier, a averti que l’Union européenne dispose d’outils de représailles si Trump menace excessivement des secteurs stratégiques, ajoutant que l’Europe « ne sera plus naïve ».

Pourquoi la Tunisie est directement concernée

Cette confrontation commerciale n’est pas un enjeu lointain pour la Tunisie. L’Union européenne est le premier partenaire économique de la Tunisie et absorbe une part importante des exportations tunisiennes, notamment vers la France, l’Italie et l’Allemagne. Si l’Europe ralentit en raison d’une guerre tarifaire avec les Etats-Unis, les commandes passées auprès des entreprises tunisiennes pourraient rapidement être affectées.

Le risque est particulièrement visible dans l’industrie automobile. La Tunisie abrite de nombreuses unités de sous-traitance liées aux chaînes de valeur européennes, notamment dans les faisceaux électriques, les composants, les sièges et les pièces destinés aux constructeurs et équipementiers allemands.

Si l’industrie automobile allemande ralentit sous le poids des nouveaux tarifs douaniers américains, les usines tunisiennes connectées à ces chaînes d’approvisionnement pourraient être confrontées à une baisse des commandes.

L’impact peut également se faire sentir au niveau des prix. Une guerre commerciale entre les États-Unis et l’UE rendrait certains produits plus chers, perturberait les chaînes d’approvisionnement et alimenterait l’inflation importée.

Pour la Tunisie, cela pourrait peser sur le coût des importations, les recettes en devises, la balance commerciale et, indirectement, le dinar tunisien. Quand l’Europe s’enrhume, une partie de l’économie tunisienne en ressent rapidement l’onde de choc.

Bruxelles prépare ses outils de représailles

L’Union européenne dispose de plusieurs instruments pour répondre à une éventuelle offensive commerciale américaine.

Parmi eux se trouve l’instrument anti-coercition, parfois appelé « bazooka commercial ». Cela pourrait permettre à l’UE de restreindre certains produits américains sur le marché européen, d’exclure les entreprises américaines des marchés publics européens ou d’imposer des mesures ciblées contre certains services américains. Cependant, l’activation de ce mécanisme nécessite une procédure qui peut prendre environ trois mois, limitant son effet immédiat.

Bruxelles dispose également d’une liste de contre-mesures ciblant environ 93 milliards d’euros de produits américains, soit près de 109,5 milliards de dollars. La liste couvre environ 2 000 produits répartis sur 99 pages, parmi lesquels des appareils électroménagers, des bateaux, des équipements industriels, des produits agricoles, du bœuf, de la volaille, des produits laitiers, du sucre, des légumes, des amandes, des textiles, de la maroquinerie, des plastiques et des produits en bois.

Au-delà des biens physiques, l’Union européenne réfléchit également à cibler les services numériques américains. Des groupes comme Google, Microsoft, Apple, Mastercard et PayPal pourraient être concernés par les taxes ou prélèvements européens. Selon les estimations citées dans les débats européens, la taxation des revenus des grandes entreprises technologiques américaines en Europe pourrait générer environ 37,5 milliards d’euros par an, soit 44,1 milliards de dollars.

Ce scénario reste politiquement sensible, notamment en raison des réserves de pays comme l’Irlande, étroitement liée à la présence européenne de grandes entreprises technologiques américaines.

Le risque d’une guerre commerciale transatlantique

Pour l’heure, Bruxelles continue de privilégier les négociations. Mais la menace d’une hausse des droits de douane le 4 juillet place l’Union européenne devant un choix difficile : mettre en œuvre l’accord pour éviter une escalade, ou préparer une réponse si Washington impose de nouvelles taxes.

Une augmentation des droits de douane américains à 25 % sur les véhicules européens affecterait directement l’industrie allemande, affaiblirait ses sous-traitants européens et méditerranéens et pourrait réduire les commandes dans plusieurs chaînes de production connectées à l’Europe, y compris en Tunisie.

L’enjeu n’est donc plus purement commercial. Elle devient industrielle, sociale et géopolitique. Si Washington et Bruxelles entrent dans une nouvelle guerre tarifaire, ses effets pourraient s’étendre bien au-delà de l’Atlantique, atteignant les ateliers, les ports et les usines des pays partenaires de l’Europe.

Que se passe-t-il en Tunisie ?
Abonnez-vous à notre chaîne Youtube pour les mises à jour.