Tunisie : Des peines allant jusqu’à 30 ans de prison dans l’affaire des passeports et nationalités falsifiés

La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le tribunal de première instance de Tunis a rendu mardi des jugements de première instance allant de 11 à 30 ans de prison dans l’affaire largement connue sous le nom de « l’affaire des passeports et nationalités falsifiés ».

Les verdicts concernent l’ancien ministre de la Justice et leader du mouvement Ennahdha, Noureddine Bhiri, ainsi que plusieurs autres accusés, pour des accusations liées à la facilitation de voyages à l’aide de documents prétendument falsifiés en relation avec des infractions liées au terrorisme.

Frais liés à la facilitation des voyages et aux documents falsifiés

Selon une source judiciaire citée mercredi par l’agence Tunis Afrique Presse, les chefs d’accusation retenus contre les prévenus comprennent « avoir facilité, par tous moyens et même sans compensation, la sortie légale d’une personne du territoire tunisien par les points de passage frontaliers, en vue de commettre un délit terroriste ».

Les accusations comprennent également l’utilisation de cachets de l’autorité publique d’une manière préjudiciable aux droits et intérêts d’autrui, en relation avec des crimes terroristes, ainsi que la possession et l’utilisation de documents falsifiés.

Noureddine Bhiri et Fethi Beldi condamnés à 20 ans de prison

Le tribunal a condamné Noureddine Bhiri et l’ancien responsable de la sécurité Fethi Beldi à 20 ans de prison.

Mouadh Khreiji, fils du président du mouvement Ennahdha, ainsi que trois autres accusés jugés par contumace, ont été condamnés à 30 ans de prison avec exécution immédiate.

Deux autres prévenus ont été condamnés à 11 ans de prison. Tous les prévenus ont également été placés sous surveillance administrative pour une durée de cinq ans.

Hamadi Jebali retiré du dossier

Le tribunal a également décidé de radier du dossier l’ancien leader d’Ennahdha, Hamadi Jebali, qui était auparavant chef du gouvernement, avec deux autres accusés.

Selon la même source judiciaire, cette décision a été prise en raison d’un pourvoi en cassation contre la décision de la chambre d’accusation.

L’affaire remonte à octobre 2021

Les origines de l’affaire remontent au 7 octobre 2021, selon une mise au point officielle rendue par le tribunal de première instance de Tunis le 4 janvier 2022.

A l’époque, le ministère public avait reçu une demande d’autorisation d’ouverture d’une information judiciaire émanant du chef de la sous-direction chargée des enquêtes sur les délits terroristes, la criminalité organisée et les délits portant atteinte à la sécurité nationale.

La demande faisait référence à des informations selon lesquelles un ressortissant syrien et son épouse syrienne avaient obtenu deux cartes d’identité nationales tunisiennes et deux passeports tunisiens.

Certificats de nationalité et documents suspects

Selon le communiqué du tribunal, le couple syrien aurait obtenu des certificats de nationalité tunisienne délivrés par la Direction générale des affaires judiciaires du ministère de la Justice, sur la base de passeports tunisiens délivrés par l’ambassade de Tunisie à Vienne en 1982 et 1984.

Le communiqué souligne également qu’un ancien consul tunisien à Vienne avait auparavant permis à des ressortissants étrangers d’obtenir des passeports tunisiens en échange d’argent, y compris les deux passeports en question, et que des poursuites pénales avaient déjà été engagées pour ces actes.

Le pôle judiciaire antiterroriste s’empare du dossier

Le 7 octobre 2021, le parquet près le tribunal de première instance de Tunis a autorisé l’ouverture d’une information judiciaire et a chargé la sous-direction spécialisée de mener les enquêtes.

Un rapport complémentaire remis le 20 décembre contenait de nouvelles informations suggérant que les deux certificats de nationalité tunisienne soupçonnés d’être falsifiés avaient été délivrés au ressortissant syrien et à son épouse à l’époque où Noureddine Bhiri dirigeait le ministère de la Justice.

Quant aux passeports et certificats de résidence, le même rapport indique qu’ils ont été délivrés à l’époque où Ali Larayedh dirigeait le ministère de l’Intérieur, avec la participation présumée de l’ancien responsable de la sécurité Fethi Beldi.

Le rapport indique également que la personne bénéficiant de la nationalité, du passeport et des documents de séjour avait auparavant été liée à des affaires de terrorisme commises en dehors du territoire tunisien.

Enquête judiciaire sur des documents prétendument liés aux crimes terroristes

Le 22 décembre 2021, au vu des informations préliminaires disponibles et des soupçons selon lesquels l’un des suspects avait été impliqué dans des crimes terroristes commis à l’étranger, le Ministère public a décidé de transmettre l’affaire au pôle judiciaire antiterroriste.

Le 24 décembre, un représentant du ministère public a ouvert une enquête contre les bénéficiaires des documents prétendument falsifiés, ainsi que contre toute autre personne susceptible d’être identifiée au cours de l’enquête.

L’enquête porte sur des faits présumés d’orientation, de planification, de facilitation, d’assistance, de médiation et d’organisation, par tout moyen, de l’entrée ou de la sortie d’une personne du territoire tunisien, légalement ou illégalement, en vue de commettre une infraction terroriste. Elle couvre également la fabrication ou la falsification présumée de cartes d’identité nationales, de passeports ou d’autres documents d’individus liés à des crimes terroristes, ainsi que l’incitation à de tels actes.

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