La Tunisie s’apprête à relancer l’un de ses rassemblements religieux les plus emblématiques, alors que le pèlerinage juif annuel à la synagogue Ghriba de Djerba revient cette année dans un format se rapprochant de son ampleur traditionnelle.
Après plusieurs années de restrictions liées aux problèmes de sécurité et aux tensions politiques régionales, les organisateurs affirment que l’édition 2026, prévue du 30 avril au 6 mai, marquera une étape mesurée vers la restauration du caractère d’antan de l’événement.
Perez Trabelsi, président du comité d’organisation, a déclaré que l’objectif était de rétablir le pèlerinage « progressivement et de manière responsable », après une période au cours de laquelle la participation avait été considérablement réduite.
Située sur l’île de Djerba, à environ 500 kilomètres au sud de Tunis, la synagogue El Ghriba est largement considérée comme la plus ancienne d’Afrique. Le pèlerinage qui s’y déroule compte parmi les dates les plus importantes du calendrier religieux juif mondial, attirant des visiteurs de toute l’Europe, d’Afrique du Nord et au-delà. L’île elle-même est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Une tradition façonnée par les circonstances
Ces dernières années, le pèlerinage a été particulièrement modéré. L’instabilité régionale, en particulier la guerre à Gaza, a jeté une ombre sur l’événement, limitant les célébrations à de modestes rituels auxquels participent principalement la communauté juive de Tunisie.
Cependant, les années plus typiques, le pèlerinage mêle dévotion religieuse et atmosphère de célébration plus large. Des milliers de visiteurs se rassemblent pour des prières, des processions et des festivités communautaires, programmées pour coïncider avec le 33e jour de la Pâque juive. Les cérémonies principales se déroulent généralement sur deux jours dans des conditions de sécurité strictes.
Djerba abrite la plus grande communauté juive de Tunisie et le pèlerinage a longtemps été considéré comme une ouverture informelle à la saison touristique de l’île.
Avant l’indépendance de la Tunisie en 1956, la population juive du pays dépassait les 100 000 personnes. Aujourd’hui, on l’estime à environ 1 000.
Problèmes de sécurité et messages symboliques
La décision de rétablir davantage le pèlerinage intervient à un moment sensible, compte tenu de l’histoire de l’événement et du contexte régional plus large.
En avril 2002, un attentat au camion piégé près de la synagogue a tué 21 personnes, pour la plupart des touristes allemands. Une nouvelle attaque en 2023 a également fait des morts et des blessés.
Les organisateurs affirment que les préparatifs de sécurité pour le pèlerinage de cette année ont été renforcés en coordination avec les autorités tunisiennes pour garantir le déroulement de l’événement en toute sécurité.
M. Trabelsi a déclaré que la poursuite du pèlerinage envoie « des messages rassurants au niveau national et international », reflétant la réputation de longue date de tolérance et de coexistence de Djerba.
Cette année, la participation devrait rester limitée, mais les organisateurs espèrent qu’une édition réussie ouvrira la voie à un retour progressif de foules internationales plus importantes dans les années à venir.
L’analyste politique Ibrahim Gharbi a déclaré que cette décision envoie un signal clair selon lequel la Tunisie reste un pays sûr et déterminé à protéger tous ses citoyens sans discrimination. Il a également souligné l’importance de l’événement pour le secteur du tourisme, un pilier clé de l’économie nationale, en particulier dans un contexte de tensions régionales persistantes.
Débat sur la normalisation
Le pèlerinage continue de susciter des débats en Tunisie, notamment parmi les groupes soutenant la cause palestinienne.
Les critiques affirment qu’au-delà des préoccupations sécuritaires, l’événement soulève des questions liées à la normalisation avec Israël, notamment compte tenu de la présence de visiteurs de diverses nationalités, dont des Israéliens.
Des groupes militants ont déjà averti que de telles occasions peuvent brouiller la distinction entre le judaïsme en tant que religion et le sionisme en tant que projet politique. Ils ont également exprimé leur inquiétude face à ce qu’ils décrivent comme des tentatives visant à faciliter l’entrée des détenteurs de passeports israéliens sous couvert d’un événement religieux.