Tunisie : Il est temps de remettre les pendules à l’heure!

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fatma

La justesse de nos choix fondamentaux ne fait pas de doute. Ils constituent notre force et vigueur. Répondre aux nombreuses interrogations qui se posent et s’imposent est crucial dans une conjoncture où des mouvements de contestation, de révoltes et de famines secouent le monde entier, dessinant l’avenir. Parmi ces questions, celles se rapportant aux jeunes et aux moins jeunes, également. Elles interpellent les manifestants, les observateurs, les silencieux, les passifs, les modérés, les enthousiastes, les engagés, les gouvernés et les gouvernants. Qui sont ces Tunisiens que l’on n’a pas su voir ou entendre? Comment pourrions-nous prospérer et offrir au monde la meilleure image du modèle tunisien? Quel avenir sommes-nous encore capables de construire ensemble?

Douter du modèle tunisien bâti sur l’éducation, la santé pour tous et la laïcité –au sens administratif du terme, cela s’entend- deviendrait dangereux. Il n’est pas permis de remettre en question ces précieux acquis. La Tunisie est ouverte, résolument tournée vers l’avenir. Outillés pour affronter la modernité, ce sont ses jeunes qui en représentent la principale richesse. Les condamner, sous prétexte de négation, alors qu’ils affrontent une conjoncture socioéconomique ardue, est autodestructeur. Rompre toute forme de dialogue reviendrait à pousser le pays à se réfugier dans le radicalisme, qui n’est que l’autre version d’un même péril.

La Tunisie est un pays d’inattendus, tant la véritable nature du Tunisien est devenue difficile à cerner. Pacifiste, belliqueux, docile, rebelle, individualiste ou communautariste? Qui de nous s’attendait à ce que l’acte désespéré d’un jeune homme dégénère les manifestations que nous avons observées dans différentes régions du pays? Qui s’attendait à ce qui vient de se passer? Personne n’ose une réponse négative. Pourtant, nous le faisons.

Par ce qui s’est passé à Gafsa, Ben Guerdan, Sidi Bouzid… Par la violence qui s’amplifie, le chômage qui explose, les médias qui se taisent, la corruption qui se décentralise, les valeurs qui disparaissent, le trouble devenu malaise se transforme en révolte. Les signes avant coureurs étaient là. Le pays a commencé par murmurer. Aujourd’hui, il hurle la pauvreté, la pauvreté, la corruption, le non respect des lois…

Il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut voir et de pire sourd que celui qui ne veut entendre. Aujourd’hui, nous devons prêter une oreille attentive à toutes ces voix qui s’élèvent pour mesurer la teneur des contestations. Elles réclament moins de discrimination, plus de justice sociale, travail et égalité, justice, développement…

Ces revendications ne sont plus une surprise pour personne. Construire des alternatives en répondant autrement aux défis d’un pays où les chances sont à deux vitesses devient inéluctable. Toutes les forces vives du pays doivent s’engager à mettre tout en œuvre pour répondre aux requêtes d’une population instruite, éduquée, civilisée et responsable. L’avenir est notre responsabilité et notre droit à tous.

La Tunisie n’est (ou ne devrait) pas scindée en riches et pauvres, travailleurs et chômeurs, jeunes et vieux, politiques et apolitiques, pratiquants et non pratiquants ou sceptiques… Le pays est formé d’une population unie, de forces vives, qui a le sentiment qu’une partie de son avenir est hypothéquée, de citoyens refusant toutes formes de manipulations, d’associations impliquées dans la société civile, de stratégies d’Etat bâtisseur… Un peuple qui fait face aux épreuves, se révèle progressiste et mature. La Tunisie que l’on chérit ne peut reprendre d’une main ce qu’elle a donné de l’autre. Il n’y a pas plus Tunisien qu’un autre. Le nationalisme, le patriotisme, et la citoyenneté ne sont pas mesurables, monnayables ou convertissables.

La colère gronde. Mais justement, comprendre sa nature et ses raisons représente une part de l’équation et des réponses. C’est dans une Tunisie plurielle que nous devons envisager l’avenir. Le retour sur investissement dans l’éducation, la santé et l’égalité sont des éléments centraux du modèle social tunisien qui est actuellement en péril. Des institutions et une constitution qu’on respecte –ou qu’on devrait respecter- sont au cœur de notre survie. «Liberté, ordre, justice» en sont les plus importants garants. Il est temps de remettre les pendules à l’heure.

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