Tunisie à Davos : Tout d’un couac !

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Si l’on voulait plomber la participation tunisienne au dernier Forum de Davos, on n’aurait pas pu mieux faire. Maladresses et amateurisme étaient les mots d’ordre. C’est bien entendu la Tunisie et son image qui en pâtissent. Pourquoi sommes-nous tombés si bas après avoir été l’année dernière sous le feu des projecteurs?

Que les partis islamistes arrivés au pouvoir au lendemain des révolutions arabes ou d’élections comme au Maroc aient paru décomplexés parmi les grands de ce monde à Davos est un fait mais que ce premier essai post–révolution pour la Tunisie se soit transformé en un échec, cela est douloureux et impardonnable.

La Tunisie a perdu 8 places pour cause de perturbations et de révolution mais a surtout présenté une image assez affligeante à une heure où le pays traverse une période économique difficile. A Davos, il s’agissait de convaincre, de rassurer et de trouver des appuis où cela demeure possible au vu du contexte général. Pour cela, il était primordial de dépasser les discours et les bonnes intentions avec une approche économique pour répondre aux attentes des partenaires et des  investisseurs.

Davos était un de ces endroits pour présenter un projet d’avenir. Depuis les révolutions, les islamistes ne cessent de dire n’avoir aucun problème ni avec la démocratie ni avec l’économie de marché. Jusque là considérée comme ‘kofr’ selon certains courants, la démocratie est aujourd’hui une revendication. Une étape de faite mais semble-t-il pas encore assimilée. Pour cela, il fallait pouvoir être plus réactif et concret. Pour cela , il fallait se préparer autrement pour Davos.

Entretien de France 24
Dans ce sillage, et en tant que chef de l’exécutif Hamadi Jebali a-t-il raté une occasion de ne pas donner d’entretien à la presse ? Aurait-il du se taire ? Aurait-il du ne pas parler à la télévision française lors de cet entretien à France 24 en ayant si peu à dire?

Au-delà de la forme et après un premier ratage lié au discours de Monastir devant un parterre d’agents de voyage il y a quelques mois, il récidive avec un entretien accordé à une chaine française. Il apparait dépourvu d’arguments, sans vision et pataugeant dans une mission trop grande pour lui où à laquelle il ne s’est vraiment, mais alors vraiment pas du tout préparé.

Sans avoir à revenir sur la prononciation, le sourire souvent déplacé, au point de passer d’un rire affable reflétant le côté calme et courtois du chef du gouvernement tunisien en un tic nerveux. Tout en lui reconnaissant un effort de communication en parlant une langue étrangère, l’essentiel est dit-on dans les messages. Ces derniers n’ont pas été livrés. Il n’y en a pas eu. Jebali a raté une occasion de présenter sa vision. Il devait prouver qu’il avait la situation et l’avenir de la Tunisie en main… L’a-t-il seulement ?

Afin de se faire un idée sur la tenue de l’entretien accordée à France 24, en voici une partie retranscrite:

Journaliste FRANCE 24 : Les investisseurs, c’est vrai, n’aiment pas l’incertitude; comment comptez vous les rassurer M. le Premier Ministre ?
Hamadi Jebali : – Tout d’abord, ils sont rassurés.
– Ah bon ?
– J’ai pris la peine de les (r)assurer (parce qu’ils savent très bien que c’est un modèle … à faire réussir… c’est un modèle … tout d’abord … exemplaire …
– Quel est le modèle dont vous parlez ?
– C’est le modèle démocratique de la Tunisie. Ce n’est pas notre modèle. C’est le modèle de la révolution tunisienne, une révolution démocratique. C’est la seule alternance qu’on pourrait avoir dans cette région …
– Les investisseurs ont besoin de sécurité et de stabilité
– … donc … pardon ?
– Les investisseurs ont besoin de stabilité et de sécurité.
– Si ! ils ont besoin aussi de la démocratie et de liberté aussi … et … c’est le plus court chemin vers la stabilité … la vraie stabilité … et la sécurité … (tout sourire )
– Donc vous pensez les rassurer sur l’avenir du pays ? Vous pensez réussir ?
– J’ai pu les rassurer sur l’importance de ce modèle tunisien et de sa réussite (tout sourire )

Curieuse intervention et étrange participation! A la question de la journaliste sur les agresserions des intégristes Hamadi Jebali repart pour un tour en affirmant que c’est aux victimes de porter plainte et à la justice de statuer. Et qu’en est-il de l’ordre public à maintenir et à assurer à tous ? N’est-ce pas à lui et à son gouvernement de l’assumer pour prévenir et protéger les citoyens ?

Cette confusion entre les rôles des autorités judiciaires et exécutives, en l’occurrence de sécurité, est pour le moins étrange. Face à de pareilles déclarations personne n’est dupe. Ni les Tunisiens, ni les investisseurs de Davos et encore moins les téléspectateurs de France 24. Personne ne peut être rassuré. Bien au contraire, ils risquent de voir en lui pas seulement un protecteur de l’extrémiste religieux. Ils seront tentés de trouver plusieurs expressions d’incompétences à gérer la situation et d’inadaptation du discours aux besoins vitaux. Il risque de donner une image d’échec.

Tout cela est loin d’être de bon augure pour la Tunisie, pour le retour des IDE et pour le retour des touristes. Tout cela est loin d’être rassurant pour les Tunisiens qui se sont pendant longtemps vu dans le regard de l’autre. A ce Forum de Davos quelle image leur a-t-on renvoyée ? Il est primordial de rétablir la situation.

Amel Djait

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