Pour que vive « Lella Manoubia » !

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Les mausolées de nos saints sont pris pour cible. Après la destruction des Bouddhas de Bamyan par les Talibans  en Afghanistan, voici les wahhabites qui après avoir frappé au Mali, en Libye, ou au Maroc, s’attaquent à la Tunisie.

Depuis le 14 janvier ici et là  des attaques ont été portées  sur les mausolées du pays. «Sidi Bouhdida» à El Fahs, « Sidi Abdelkader Jilani» à Menzel Bouzelfa, «Sidi Yaakoub» à côté de Matmata, et la liste est bien plus longue… Les responsables de la destruction des  mausolées ont estimé que visiter ces lieux sont des  «acte de mécréance», c’est-à-dire «kuffr»!

Ils n’ont pas hésité à brûler, casser, détruire à coups de massue, voler et pilier ces lieux historiques. Au nom de quoi et de qui? De quelle autorité se prévalent-ils pour torpiller ces lieux et porter atteinte aux us et coutumes du peuple et de détruire son patrimoine culturel? Ces actes sont-ils l’œuvre de Tunisiens? D’où viennent  ces mercenaires qui portent la haine et roulent pour des projets de société venus d’ailleurs?

«Un marabout, c’est d’abord une personne musulmane, très pratiquante, un être qui a choisi de faire de l’islam sa raison de vivre en se mettant au service de ses semblables non pas pour leur imposer l’islam. Mais, uniquement, en se comportant comme un musulman exemplaire, c’est-à-dire altruiste, juste, souvent pauvre et toujours fervent connaisseur des textes coraniques et des préceptes de la « sunna ». Des personnes pleines de sagesse… qui ont choisi de se mettre au service de leurs concitoyens au nom de l’humanisme, du patriotisme, de la justice et de l’équité, au nom d’un islam qu’ils ont réussi à mettre au service de ceux qui savent le moins, les plus démunis et les moins savants!» C’est avec ses propos que s’indigne Tounes Didon dans son blog.

Aujourd’hui, ces fervents d’un islam venu d’ailleurs  profanent la culture et l’islam tunisien. Ils prétendent que le maraboutisme est une pratique encouragée par la colonisation. Pour beaucoup «ceux qui visitent Lella Manoubia, pour ne citer qu’elle, sont des ignorants flirtant avec la mécréance. Ce sont les occupants français qui ont encouragé ce type de destination les « zaouias » ».

Les marabouts sont «des personnes reconnus pour leur foi profonde, leur piété  et leur humanisme» et une grande partie des Tunisiens sont ahuris et très en colère. Ils ne comprennent pas que des fractions au service d’une autre vision de l’islam colonisent leurs rites et détruisent leurs espaces de libertés en validant ou pas ce que sont leurs pratiques religieuses et culturelles.

Tounes Didon va un peu plus loin. Pour elle, c’est «une guerre coloniale qui ressemble à un bal masqué. Un « qamis », un « niqab », une barbe et une voilette qui cachent un humanisme inexistant, une foi superficielle, des pratiques condamnables et une ignorance totale de la philosophie islamique, juste et intelligente». Ces criminels « aimeraient venir à bout de nos valeurs, de nos repères en s’attaquant à nos marabouts, à cette symbolique qui a réussi à maintenir nos croyances religieuses vivaces parmi la majorité malgré les colonisations et les conquêtes les plus diverses, malgré des courants politiques pas toujours islamisant, malgré des milliers de chaines satellitaires obscures qui diffusent dans toutes les langues 24H/24H!»

Le cris de colère sont perceptibles dans tous les milieux et s’élèvent sur tout le territoire tunisien: «Ne touchez pas à nos symboles», «Respectez notre Tunisianité», «Ne touchez pas à nos marabouts!», «les marabouts portent en eux une partie de l’histoire de la Tunisie». D’ « Abou Zamâa el Balawi»,  à «Sidi Bel Hassen Echedly», fondateur de l’ordre Soufi, en passant à «Sidi Ali El Gorjani» qui a donné son nom à une ancienne porte de Tunis, à «Sidi Mohammed El Chérif»,  à «Sidi Ali El Hattab» , «Sidi Hassen El Séjoumi» , à «Sidi Mehrez», dont la lutte pour l’équité et la justice a permis d’éviter en 1014, aux plus démunis un impôt qui allait les tuer de faim…

Ceci dit et avant d’en revenir à la reconstruction du mausolée de «Saida Manoubiya», il est urgent de protéger  marabouts de tous les saints de Tunisie avant qu’ils ne soient détruits. Il est impératif d’anticiper ces actes criminels et d’arrêter les responsables. Déclarer et dénoncer via des communiqués ces actes n’est pas digne d’un gouvernement. Les ministères des affaires culturelles, des affaires religieuses et de l’intérieur sont responsables de ce patrimoine que l’on détruit.

En ces temps de pauvreté, il convient de rappeler que les sièges des marabouts sont des portes que l’on pousse les jours de grandes faim et soif. En ces temps délicats, les marabouts sont un équilibre social et économique fragile mais vitale à protéger et respecter.

Amel Djait

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