Mehdi Benedetto : « La découverte, c’est quand on travaille la pierre »

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Dans son atelier d’artisan à La Soukra, il fait lentement renaître l’œuvre du peintre autrichien Gustav Klimt. De ses doigts de magicien, il donne une nouvelle vie à une part invisible de l’histoire tunisoise. Benedetto bâti lentement son histoire à lui ; une longue aventure créative et créatrice, qu’il trace de pierre en pierre, jusqu’à un univers dont lui-même ignore encore tout.
Au cœur des trésors invisibles de la terre

Mehdi Benedetto a les pieds solidement ancrés dans la terre, la mer et les montagnes tunisiennes qu’il arpente inlassablement pour le plaisir et pour en ramener des trésors invisibles à d’autres yeux que les siens.
Lorsqu’il chasse le sanglier, il en ramène plus souvent des pierres que du gibier. « Les gens, parfois vivent sur des trésors de pierre comme des déchets de marbrerie. Quand je me balade à dos d’âne dans leur région, je ramasse les cailloux que je travaillerai. C’est ainsi que j’ai ramené des pierres de 12 à 15 montagnes de Tunisie ».

D’autres fois, c’est le pêcheur qui chatouille son âme de travailleur de pierres. Et il en oublie les poissons pour ramener des pépites qu’il fera danser dans son œuvre.
« Pour réaliser « La diva », j’ai utilisé une pierre pêchée à 34 mètres de profondeur ». Et la magie opère, la danseuse un peu lourde, semble légère, légère dans son tutu de pierres marines et ses ballerines en cailloux de montagne.

L’autre vie de l’avenue Bourguiba

Mehdi Benedetto possède en lui, ce don d’imaginer et de voir l’invisible, au-delà des apparences et au-delà du temps. Quand il a appris qu’on préparait un nouveau tapis de pierres pour l’avenue Bourguiba, il n’a écouté que son instinct.
« J’ai acheté l’avenue Bourguiba. En tout cas, les pierres qu’on allait jeter ». Avec ce zeste de folie qui n’appartient qu’aux artistes, Benedetto a affrété 251 camions. Une fortune… qui ne valait plus rien, sauf pour lui. « J’ai surtout acheté l’histoire de l’avenue Bourguiba. Le passage des femmes et des hommes, des personnalités, des invités… »
Aujourd’hui, les pierres de l’avenue Bourguiba dorment dans un terrain gardé par les poules et les chèvres… Jusqu’au moment où l’artiste vient les réveiller.

Ces jours-là, il vient mettre le nez dans ses trésors. Il met un peu de salive sur son doigt et il caresse la pierre pour en faire surgir la couleur. « C’est quand elles sont mouillées qu’elles se révèlent », nous dit l’artiste. Alors, il repart avec une nouvelle création dont il ne sait encore rien, parce que « la découverte, c’est quand on taille la pierre ». Et une à une, les pierres mortes mais gorgées d’histoire de l’avenue Bourguiba retrouvent une nouvelle vie. « Aucune de ces pierres ne sort d’ici, si elle n’a pas été travaillée. Et maintenant, l’avenue Bourguiba, elle est ici, elle est là », dit-il en montrant quelques-unes de ses créations.

La fusion Klimt / Benedetto

Au milieu des années 2000, Mehdi Benedetto réalise les pièces de la vitrine automnale des magasins Hermès à Paris et d’un hôtel particulier à Monaco. La rencontre avec l’œuvre de Gustav Klimt est alors un virage décisif dans son évolution.

« Un jour, j’ai découvert le « Portrait d’une dame » peint par Klimt et je me suis dit que si je parvenais à restituer cette œuvre, je serais capable de tout réaliser ».
Et Benedetto s’est mis au travail. Il s’est concentré essentiellement sur le visage, le mouvement des cheveux ; sur le rendu de la robe, du tissu. Deux turquoises ont suscité la couleur et l’expression du regard…. Et le résultat lui a donné envie de continuer.
Aujourd’hui, Mehdi Benedetto en est à quatorze répliques des peintures de l’artiste symboliste. Il en maîtrise les ombres, les formes, les reliefs. Il associe, mêle, sépare… des milliers et des milliers de petites pierres puisées dans cette terre tunisienne qu’il connaît comme personne.

A.T.

Pour en savoir plus :
Mehdi Benedetto
Tél. : (+216) 24 552 991

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