Barra Ben Boubakeur : «Les artisans ne veulent pas que leurs enfants prennent le même chemin qu’eux !»

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Parcourant le pays à la recherche de vieilles techniques de tissage , elle rencontre un savoir faire qui se perd et qu’il faut revaloriser en y impliquant les jeunes, héritiers d’un patrimoine qu’ils méconnaissent et que l’on a trop longtemps dévalorisée.

Mille et Une Tunisie : Où et quand présentez vous votre nouvelle collection?

Barra Ben Boubaker : Je présente mes collections à « Maison et Objet » à Paris deux fois par an en Septembre et Janvier ainsi qu’au salon « Côté Sud » à Aix en Provence.

Mille et Une Tunisie : Née à Kélibia, vous revenez à l Artisanat après une expérience dans l’univers des langues. Vous avez crée une tente de luxe pour un campement touristique de luxe dans le sud tunisien. Quel est le lien entre l’univers de la mer et celui du désert? Comment approche t-on par la décoration des univers aussi différents?

La décoration est une histoire de « feeling ». Je crée des ambiances qui sont accueillantes et chaleureuses dans un environnement luxueux. L’idée de créer cette tente luxueuse en plein Sahara m’a tout de suite séduite. Ce contraste entre l’étendue de sable du Sahara et l’étendue d’eau que j’ai l’habitude de voir que ce soit à Kelibia ou à Nice était un challenge.

Mille et Une Tunisie : Lauréate de la 1ère édition de la Maison Euro-méditerranéenne de la Mode en 2010, vous avez côtoyé des grands de la mode en France. Vous avez créé un vêtement qui a été lancé au Palais Royal à Paris début 2011 et exposé au Musée de la Mode de Marseille. Qu’en est-il au juste de cette exposition?

La maison de la création a été une expérience inoubliable. Pendant 6 mois nous avons été en contact direct avec les plus grands noms de la mode dont Jean Jacques Picard, Christophe Le Maire, Jocelyne Imbert, les maisons Kenzo, YSL, Dior, Chanel et j’en passe.

J’ai pu bénéficié d’un coaching unique en peu de temps. Cette session a été couronné par une exposition au Palais Royal où nous avons été reçus par Fréderic Mitterrand. Cette exposition est programmée aussi pour Marseille, Capitale de la culture en 2013. Il y aura bien entendu les  vêtements « Barra » et ceux des lauréats des autres sessions.

Mille et Une Tunisie : En septembre 2010 votre collection de tissus est remarquée par la Maison Hermès qui la commande pour ses vitrines 2011. Quel bilan faites-vous de cette expérience?

En septembre 2010, pendant mon exposition avec l’Office de l’Artisanat à « Maison & Objet » Leila Menchari est passée sur le stand et m’a félicité. Elle a passé commande de toute ma collection de tissus. C’était un moment magique. C’est une femme formidable qui valorise beaucoup l’artisanat tunisien. C’est une très belle expérience qui m’a beaucoup boosté.

Mille et Une Tunisie : Pourquoi l’Artisanat tunisien peine t-il à briller à l’international?

L’image de l’artisanat tunisien a longtemps été liée aux souks et aux objets pas chers. Il a du reste la même image que le tourisme. Les exposants à l’étranger reflétaient cette image aussi. Pendant longtemps les artisans modernisant ne voulaient pas être mêlés à cette image.

Il a fallut d’une opération, qui à mon sens a donné un coup de jeunesse à l’artisanat tunisien ; pour que le monde découvre la dimension qualitative voire luxueuse de nos produits. La participation des plus grands de Tunisie a permis à l’artisanat moderne d’être finalement exposé. On a lors pu découvrir le vrai savoir faire tunisien.

D’ailleurs, au Salon de Janvier dernier et juste après la révolution, les gens continuaient à venir pour voir nos produits et nous féliciter.

Mille et Une Tunisie : Comment peut-on revitaliser un secteur qui pourrait être pourvoyeur d’emplois et valorisant pour la Tunisie et son image?

Il y’a beaucoup de choses à faire dans ce secteur. A mon avis, il faudra commencer par motiver les artisans, les former, leur montrer de nouvelles techniques et leur montrer un produit fini et bien exposé. C’est une image que les jeunes, notamment les enfants des tisserands doivent garder en mémoire. Le tissage est mon univers et c’est un secteur que je connais bien.

Parfois, il suffit de peu pour que les jeunes soient motivés et aient envie de s’investir dans un domaine jusqu’ici « sous estimé ». De par mes déplacements dans toute la Tunisie à la recherche de « vieux tisserands » je me suis rendue compte qu’ils étaient très fatigués. Eux même n’ont pas forcément envie que leurs enfants fassent le même chemin qu’eux.

Mille et Une Tunisie : Quels sont vos projets ?

J’ai plusieurs projets en tête concernant la Tunisie. Mon objectif principal est de monter une chaine de tissage avec de vieux métiers à tisser, de faire des formations pour les jeunes. D’un autre côté, je vais bientôt ouvrir un show-room à Paris pour exposer mes créations.

Mille et Une Tunisie : Où se trouvent vos points de vente en Tunisie et ailleurs?

Concernant la Tunisie, une petite partie de ma collection se vend à L’hôtel « The Résidence «. A l’étranger, on retrouve la marque au Japon à la galerie Vie à Tokyo, Jiyugaok, Ginza

Mes collections sont aussi exposées à Rome, Milan, Torino, Genève, Miami, San Francisco, Frankfurt…Barra existe aussi en France, en Allemagne, en Espagne et en Arabie Saoudite.

Propos recueillis par Amel Djait

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