Anas Ghrab : « L’idée est de décentraliser Mûsîqât et de passer à une programmation musicale régulière du Centre des musiques arabes et méditerranéennes. »

0
132 views

Mille et une Tunisie : Le Festival Mûsîqât aura lieu cette année du 30 septembre au 8 octobre 2011, pouvez-vous nous en dire plus sur cette édition ?
Mûsîqât en est à sa 6ème édition. C’est un festival organisé par le Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes en co-production avec Scoop Organisation. Mûsîqât a su conquérir un public en proposant de découvrir les musiques et chants traditionnels du monde. Pour moi, à présent, Mûsîqât a atteint son summum et il faut donc le faire évoluer. C’est ce que nous avons commencé à faire en proposant sur cette édition deux spectacles extra-muros : la Troupe nationale égyptienne le 7 octobre au Théâtre municipal et Ibrahim Ferrer Jr. à l’Acropolium de Carthage le 8 octobre.
Notre désir est d’aller de plus en plus vers un festival décentralisé en proposant, pourquoi pas, dans les années à venir des dates de concert à Tataouine, Sousse, Le Kef ou Jendouba…

Côté programme, nous avons essayé sur cette édition de garder un équilibre entre les régions du monde, entre les genres tout en gardant une cohérence esthétique et une exigence de qualité. Donc au rendez-vous de cette année le Mjarrad de la Isâwiyya de Sidi Bou Saïd, des Fakhirs de Ghorbanga (Bengale-Inde du Nord), Erkan Ogur & Derya Turkan (Turquie), David Pino & Gabriel Exposito (Espagne), le Wiener Tschuschenkapelle (Autriche), Fatoumata Diawara (Mali), Ibrahim Ferrer Jr. & Le Cuban Latin Group, etc.

Mille et une Tunisie : Je vous ai entendu plusieurs fois parler d’année charnière concernant Mûsîqât. Pourquoi ?
Le constat de réussite de Mûsîqât s’accompagne d’un autre constat, c’est que le festival prend trop d’importance par rapport aux activités régulières du Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes. Le Festival mobilise une bonne partie du personnel pendant 3 mois. Il s’agit donc de trouver un équilibre entre celles-ci (le musée des instruments de Tunisie, la phonothèque nationale, le département de recherche en musicologie…) et le festival. Cette année est une année test pour voir comment améliorer la gestion du festival mais aussi si nous poursuivons Mûsîqât ou pas et sous quelle forme Mais l’idée générale concernant les activités musicales du Centre est de passer de festivals ponctuels, à une programmation musicale régulière sur toute l’année. Cela concernera Mûsîqât ou pas, on verra. Il est important de souligner que Mûsîqât a jusqu’à maintenant rayonné grâce à l’appui de son partenaire financier, Tunisie Telecom, et au soutien du ministère de la culture. Son avenir et son éventuelle décentralisation dépendront sans doute de ses ressources financières futures.

Mille et une Tunisie : L’intitulé de Mûsîqât est « Rencontres des musiques traditionnelles et néo-traditionnelles », parlez-nous un peu de ce que vous entendez par là ?
L’important est pour moi de garder une exigence de qualité au niveau de la programmation. Il s’agit à la fois de faire découvrir et de faire vivre des musiques traditionnelles entrain de disparaître. C’est le cas par exemple des concerts du Mjarrad de la Isâwiyya de Sidi Bou Saïd (Tunisie) et des fakhirs de Ghorbanga (Bengale-Inde du Nord). Je souhaite aussi faire découvrir des instruments méditerranéens rares comme l’Arghul qui est utilisé par la troupe nationale égyptienne ou des instruments inventés comme c’est le cas dans le concert d’Erkan Ogur & Derya Turkan (Turquie).
Ce qui faut savoir c’est que les musiques traditionnelles sont souvent peu adaptées à la scène. Il y a tout un travail de préparation et d’adaptation à faire pour les amener à se produire en public car elles sont normalement jouées dans un cadre confrérique, familiale ou à des occasions ou des temps précis. Ce qui n’est pas le cas des musiques néo-traditionnelles. Celles-ci sont conçues pour être produites en concert et s’inspirent de la tradition tout en introduisant des sonorités très contemporaines. Par exemple, le concert d’Azam Ali & Niyaz (Iran) mêle musique traditionnelle turco-iranienne à des sonorités électroniques, le concert de Fatoumata Diawara (Mali) est dans une même lignée.

En tant que Directeur du Centre, j’ai envie de faire découvrir aux publics la musique traditionnelle dans une optique de valorisation et de conservation mais il me semble aussi important de montrer toute cette palette musicale et tout ce qu’il est possible de faire à partir de la musique traditionnelle. Or les musiques néo-traditionnelles se prêtent parfaitement au jeu. Elles expérimentent dans le champ du contemporain à partir de traditions musicales.

De plus, il me semble que la jeunesse tunisienne a besoin d’assister à des concerts de qualité pour constituer sa propre culture musicale, avec des références. Elle a besoin aussi de découvrir ce qui se fait et s’expérimente, c’est aussi l’objectif de Mûsîqât. On ne peut plus se permettre de faire de l’approximatif dans la Tunisie nouvelle, il faut tendre vers l’excellence et l’exigence.

Propos recueillis par Aurélie Machghoul

Centre des musiques arabes et méditerranéennes – Ennejma Ezzahra
8, rue du 2 mars 1934 – 2026 Sidi Bou Saïd
Tél. : (+216) 71 746 051 – Site : www.cmam.tn

Mûsiqât
Du 30 septembre au 8 octobre 2011
site : www.musiqat.com

{mainvote}

{jcomments on}

LEAVE A REPLY